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Le Bouddhisme: Une Brève Introduction

 

 

Préface

Introduction

Première Partie: Les Enseignements du Bouddhisme

Chapitre I - La Souffrance: Le Problème de l'Existence

Chapitre II - La Cause de la Souffrance: l'Ignorance et le Karma

Chapitre III - La Voie de la Cessation de la Souffrance: la Pratique du Dharma

Chapitre IV - La Cessation de la Souffrance: le Royaume du Bouddha

Chapitre V  - Le Sangha, le Troisième Joyau

 

 


Préface

            Plusieurs livres ont été rédigés afin d'introduire les enseignements du Bouddha. Pourquoi en écrire un autre? Trois raisons principales ont conduit à composer un autre ouvrage de ce type. Ces raisons aident également à définir le caractère unique de ce livre.  

            Dans un premier temps, ce livre repose essentiellement sur les traductions des documents- source, plutôt que sur des explications et des interprétations des enseignements. La plupart des livres d'introduction sur le Bouddhisme sont écrits à la deuxième personne et non avec les propres mots du Bouddha. Les documents-source fondamentaux, tels que les Sûtras (les discours du Bouddhas ou de ses disciples contemporains), apparaissent rarement, le cas échéant, dans la plupart des littératures. Cela est compréhensible, car ainsi la lecture est facilitée. Un peu plus d'énergie et de concentration est nécessaire pour lire les documents d'origine, car ils ont tendance à être plus solennels dans le ton et à être riches de sens. Cependant, la lecture des Sûtras livre directement à des trésors insoupçonnés. On rencontre le réel enseignement du Maître sans le filtre des points de vues personnels d'un autre. Par conséquent, le lecteur a la liberté de découvrir ses propres significations et à établir ses propres conclusions sur les enseignements. Le Bouddhisme: Une Brève Introduction tente de laisser le Bouddha s'exprimer directement au lecteur à travers de brefs passages de Sûtras, présentés d'une manière qui tisse le corps entier des enseignements dans un ensemble cohérent.  

            Dans un deuxième temps, ce petit livre se distingue dans sa tentative de combiner les enseignements fondamentaux de différentes écoles et sectes (*) du Bouddhisme en une philosophie unifiée et convaincante. Le lecteur est ainsi introduit aux enseignements fondamentaux admis par toutes les grandes écoles du Bouddhisme. Avec l'entrelacement des Quatre Nobles Vérités, l'enseignement primordial du Thérévada ou Tradition du Sud, et des Quatre Vœux Magnifiques du Bodhisattva, l'enseignement essentiel du Mahayana ou Tradition du Nord, un Bouddhisme universel émerge. Ce Bouddhisme, individuel et unifié, fait réunir la pratique de la sagesse des Sages avec toute la compassion englobante des Bodhisattvas. Il en résulte un Bouddhisme très complet et très convaincant.  

            La troisième qualité particulière de ce livre est sa vitalité. Les citations tirées directement des documents-source transmettent immédiatement au lecteur l'esprit et le but de l'enseignement du Bouddhisme. Malheureusement, de nombreux travaux modernes sur le Bouddhisme traitent, au nom de l' « objectivité scientifique », des enseignements du Bouddha comme une discipline académique, au même titre que la sociologie, l'anthropologie, et d'autres sciences sociales. Ici, dans le domaine de la sagesse et de l'idée spirituelle, les interprétations savantes sont souvent inadéquates et étrangement hors de propos. Les analyses linguistiques approfondies, les découvertes archéologiques, et les analyses sociales peuvent mener à une meilleure compréhension du contexte culturel dans lequel le Bouddha a vécu et a enseigné, mais elles nous offrent presque aucun aperçu du sens profond et des respectueuses vérités, qui continuent à être animés  à travers ces enseignements éternels. Et à certains égards, souvent les simples connaissances peuvent involontairement « manquer d'une vue d'ensemble de la forêt à cause des arbres». Dès le début de sa carrière, le Bouddha a expliqué que ses enseignements étaient « seulement un doigt qui pointe vers la lune; pas la lune elle-même ». Autrement dit, ils sont un moyen ou une manière d'être cultivé, non pas des principes auxquels il faut croire ou un dogme auquel il faut s'attacher. Vous devez « vous-même  boire l'eau, pour savoir si elle est chaude ou froide » – voyez par vous-même ce qui est vrai et atteignez l'absence ultime de la souffrance. Ainsi, le Bouddha dit:  

            Moines, ne parlez-vous que de ce qui est connu par vous-même, vu par vous-même, découvert par vous-même?           

            Oui, Monsieur le Vénérable.

            Vous, les Moines, avez été instruits par ce Dharma (enseignement), qui est évident, inter-temporel, qui invite à venir et à voir, à être un acteur de premier plan (??), et à être personnellement connu par les sages.  

            La conséquence est évidente: sans réellement pratiquer les enseignements, il n'est pas possible de pleinement les comprendre. La simple étude ne peut pas être comparé à la pratique réelle et à l'expérience directe. Ainsi, dans le Chapitre 10 du Sûtra de l'Ornement Fleurie, Les Bodhisattvas Demandent des Précisions, nous retrouvons ce principe énoncé dans les analogies vivantes suivantes:  

            Tel un médecin qui,

            pourtant si adroit à prescrire des médicaments,

            Est incapable de soigner sa propre maladie;

            Sans pratiquer le Dharma,

            De nombreuses études  reviennent également à cela.

            Telle une personne qui évalue la richesse des autres

            Mais ne possède pas un centime;

            Sans pratiquer le Dharma,

            De nombreuses études  reviennent également à cela.

            Telle une personne née dans le palais d'un roi,

            Qui reste encore confrontée à la faim et au froid;
            Sans pratiquer le Dharma,

            De nombreuses études  reviennent également à cela.

           
            Tel un musicien sourd jouant des mélodies

            Dont les autres en profitent mais lui-même ne peut pas les entendre;

            Sans pratiquer le Dharma,

            De nombreuses études reviennent également à cela.

 

            Tel un artiste aveugle dont de nombreux dessins,

            Sont affichés pour les autres,

            mais lui-même ne peut jamais les voir;

            Sans pratiquer le Dharma,

            De nombreuses études reviennent également à cela.

 

(*) secte n.f. Ensemble de personne professant une même doctrine (philosophie, religieuse, etc.).

Définition Larousse.

 

Introduction

           

            Si l'on souhaite pleinement comprendre

            Tous les Bouddhas du passé, du présent, et du futur,

            On doit contempler la nature du Royaume du Dharma :

            Chaque chose est une création de l'esprit.

 

            « Qui et que suis-je? », « Pourquoi j'existe? ». Chacun de nous, à un moment donné de notre vie, nous nous posons ces questions. Alors que nous sommes conscients de notre propre existence, nous ne savons pas comment ou pourquoi nous sommes venus à exister. Notre existence présente un grand mystère. Nos points de vue concernant ce que nous sommes ou pourquoi nous sommes ici affectent chaque moment de nos vies, consciemment ou inconsciemment. Le Bouddha était à la fois troublé et fasciné par ces questions. Il était troublé du fait que la vie  non examinée, ni expliquée semblait vide de sens; il était fasciné du fait que la solution à ce profond mystère était accessible, à la portée, et nous fait presque signe.  

            L'enseignement du Bouddha, appelé le Dharma, est né de sa découverte personnelle, son éveil aux « choses telles qu'elles le sont réellement». En effet, la traduction littérale du mot Dharma est « loi », ce qui signifie que les lois universelles régissent toute la réalité. Ces lois sont éternelles. Un Bouddha est simplement un être humain qui découvre ces lois de la réalité et qui les fait connaître aux autres par compassion. Le Bouddhisme explique le mystère de l'existence d'une façon que nous pouvons à la fois comprendre et ne pas comprendre. Ce fut pour une raison: l'éveil doit être directement expérimenté, pas simplement expliqué. Correctement enseigné, il doit éveiller en nous un sentiment de grande merveille; une volonté de chercher à nous illuminer nous-même. Le Bouddha enseigna cela:  

            1.         Tout ce qui appartient aux existences est une création de l'esprit. La vraie nature de notre esprit n'a pas de localisation particulière dans l'espace et n'a pas de commencement ni de fin dans le temps. Elle n'est pas née et ne décède pas. La prise de conscience de cette vraie nature est appelée le Nirvana – quelque chose de si profond et de si extraordinaire qu'il ne peut être décrit à travers des mots ou imaginé par la pensée. Il peut seulement être connu par une prise de conscience  directe. De par sa profondeur, le Bouddha a parlé du Nirvana en termes de ce qu'il n'est pas:  

            Moines, il y a ce royaume, où il n'y a aucune terre, aucune eau; aucun feu, aucun air; aucune sphère d'espace infini, aucune sphère de la conscience infinie, aucune sphère du néant, aucune sphère de la pensée ni de l'absence de la pensée. Il n 'est pas de ce monde ou d'un monde au-delà, ni les deux à la fois, il n'y a ni soleil, ni lune.  Ainsi, je dis, Moines, qu'il n'y a pas de venue, ni d'aller, ni de séjour, ni de décès, ni d'apparition sans soutien; sans durée et sans aucune base. Ceci, en effet, est la fin de la souffrance.  

            2.         En raison de l'ignorance nous expérimentons notre «égo» dans le Samsâra, le royaume de la naissance et de la mort. Cet «égo» irréel subit des souffrances sans limites. Cette souffrance se perpétue vie après vie, aussi longtemps que nous avons soif des plaisirs de l'existence dans le Samsâra.

            3.         Le but de l'enseignement du Bouddha est de montrer la voie de l'élimination de l'ignorance qui couvre notre vraie nature. Une fois que nous sommes éveillés à ceci, par la grande compassion, nous faisons notre possible pour aider tous les êtres, afin qu'eux aussi puissent s'éveiller à leur vraie nature; afin de libérer tout ce qui vit. Ainsi, l'illumination personnelle et l'illumination universelle, de soi et des autres, n'en font qu'une et deviennent la même.

            Lorsque vous pouvez voir que les montagnes, les rivières, la grande terre et tout ce qui émane d'eux,  sont des choses au sein de votre propre nature inhérente; que les Trois Royaumes de l'Existence sont seulement l'esprit, et que les multiples dharmas sont uniquement la conscience ; lorsque vous atteignez cet état, alors tout, chaque phénomène est dépourvue de création et de cessation. Tout ce que vous voyez – les montagnes, les rivières, les plantes sont tous une vraie Réalité.

Les Quatre Nobles Vérités & Les Quatre Magnifiques Vœux du Bodhisattva  

            Dans l'enseignement du Bouddha, le problème de l'existence et sa solution sont précisément exprimés dans les Quatre Nobles Vérités, et l'équivalent, les Quatre Magnifiques Vœux du Bodhisattva. Les Quatre Nobles Vérités sont mieux décrites par une analogie. La Première Vérité diagnostique le symptôme d'une maladie et la Deuxième détermine sa cause. La Troisième Vérité décrit la guérison définitive de la maladie une fois que la cause a été éliminée, et la Quatrième prescrit le médicament ou le traitement qui mènera à la guérison. Les Quatre Magnifiques Vœux du Bodhisattva étendent ces mêmes vérités au-delà de soi-même afin d'inclure tous les êtres vivants. Ainsi, dans de nombreux discours, le Bouddha a dit:  

            Jadis et maintenant, également, c'est seulement la souffrance et la cessation de la souffrance que j'enseigne.           

            Bodhisattva est un mot Sanskrit. Il est composé de deux mots: bodhi, qui signifie « éveillé » ou « illuminé »; et sattva, qui signifie « être ». Un Bodhisattva est à la fois un « être éveillé » et « celui qui éveille les êtres ». Il est celui qui  est imprégné d'une grande sagesse et de compassion, qui s'évertue à achever simultanément son propre éveil ainsi que sa capacité à éveiller tous les autres êtres vivants. Lorsque le Bodhisattva a totalement perfectionné cela, il devient un Bouddha, celui qui s'est déjà perfectionné dans la sagesse et dans la compassion.  

            La première partie du Bouddhisme : Une Brève Introduction est divisé en chapitres sur chacun des Quatre Vérités et Vœux. Un chapitre final explique la signification du Sangha. Chaque chapitre débute avec des passages de Sûtras qui illustrent chacun des Vœux et des Vérités.

 

Première Partie: Les Enseignements du Bouddhisme

Chapitre I

La Souffrance: Le Problème de l'Existence

 

            Le Premier Vœu Magnifique du Bodhisattva:
            Je fais le vœu de sauver les innombrables
            êtres vivants de la souffrance.
 

            Le Bouddha peine, à travers des éons, dans l'intérêt des êtres vivants

            en cultivant l'infinie, l'océanique, la grande compassion.

            Afin de se conformer aux êtres vivants, il entre dans la naissance et la mort,

            Transformant les foules partout dans le monde, afin qu'elles deviennent pures.

 

            Ce vœu correspond à la Noble Vérité de la Souffrance.

 

            Qu'est ce que, Bhikshus, la Noble Vérité de la Souffrance? La naissance est de la souffrance; la vieillesse est de la souffrance; la maladie est de la souffrance; la mort est de la souffrance; le chagrin, les lamentations, la douleur, l'amertume, et le désespoir sont de la souffrance; être séparé de ce ou ceux que vous aimez est de la souffrance; ne pas obtenir ce que vous souhaitez est de la souffrance; en général, l'identification avec les Cinq Constituants de l'Existence (la forme physique, les sentiments, les pensées, les créations volontaires, et la conscience) est de la souffrance. La Vérité de la Souffrance doit être comprise.  

            Parler du « problème » de l'existence implique déjà qu'il y ait quelque chose de mauvais avec la vie telle que nous l'expérimentons. Quel est le problème? La propre vie du Bouddha en donne un aperçu.  

            Le Bouddha, Shakyamuni, dont le nom signifie « Sage du clan des Shakya », est né il y a environs 2500 ans à Kapilavastu, en Inde. Son père était un dirigeant de l'un des nombreux royaumes, qui comprenaient l'Inde à cette époque. Dès sa naissance, des voyants ont prédit que son fils allait soit devenir un grand monarque dominant le monde, soit qu'il allait renoncer à la vie mondaine afin de devenir un sage pleinement éveillé, un Bouddha, qui enseignera à d'innombrables êtres vivants à trouver un véritable bonheur qui transcende le monde.  

            Le roi, craignant que son fils puisse renoncer au trône, a pris des précautions particulières concernant l 'éducation de son fils, en l'empêchant d'être confronté aux souffrances du monde. Son fils, le prince, a en permanence joui des multiples plaisirs de la vie et n'a connu aucune peine. Durant sa jeunesse, le Bouddha-à-venir a profité de différents palais pendant chaque saison. C'est ainsi qu'il n'a jamais quitté le parc du château.  L'expérience de la vie du prince ressemblait ainsi à un paradis sur terre.  

            À l'âge  de dix-neuf ans, le prince a demandé à son père s'il pouvait  faire sa première excursion en dehors du palais. Le roi y consentit à contrecœur, mais il a fait en sorte que sur le long de la route, son fils ne rencontrerait aucun estropié, aucune personne âgée, ou malade.  

            Cependant, le prince dans sa première excursion en dehors du palais avait rencontré les expériences suivantes:

 

            La Vieillesse

            À ce moment, le roi des Demeures Pures du Ciel apparut soudain sur le côté de la route transfiguré en un vieil homme délabré, afin de susciter de la répugnance dans le cœur du prince. Le prince vit le vieil homme et fut surpris. Il demanda à son cocher, « Quel est ce type de personne avec des cheveux blancs et un dos courbé? Ses yeux sont sombres; son corps tremble. Il s'appuie sur une canne et marche faiblement. Son corps a t-il changé de façon inattendue, ou est-ce simplement la façon dont les choses se produisent naturellement?  

            L'esprit du cocher vacilla. Il n'osa pas donner la vraie réponse. C'est alors que le dieu des Demeures Pures du Ciel, avec ses pouvoirs spirituels, lui fit dire la vérité. « Sa forme se détériore; il n'a presque plus d'énergie. Beaucoup de détresse et peu de bonheur ont marqué sa vie. Négligent à présent, ses facultés sensorielles sont gaspillées. Ce sont les attributs de la vieillesse. À l'origine, il était un nourrisson, longtemps nourri aux seins de sa mère. Ensuite dans sa jeunesse, il a fait des cabrioles et s'est amusé des agréables, effrénés, jouissants désirs sensoriels. Cependant, au fil des années, son corps a flétri et s'est détérioré. Maintenant, la vieillesse a provoqué sa ruine.


            Le prince poussa un long soupir, puis demanda au cocher: «Est-il le seul     à devenir affaibli par l'âge et la vieillesse, ou allons-nous aussi tous devenir comme cela?"
 

            Le cocher lui répondit: « Ce sort dans la vie attend également le Vénérable. Au fil du temps votre corps se dégradera naturellement. Ceci, assurément, se produira sans aucun doute. Tous ceux qui sont jeunes et énergiques, vieilliront. Cela, tous, dans le monde, le savent, pourtant ils sont à la recherche du plaisir. »  

            Le Bodhisattva a longtemps cultivé le karma de pureté et de sagesse, et a beaucoup planté les racines de chaque mérite. Les fruits de ses vœux sont en train de fleurir. En entendant ces mots sur la souffrance de la vieillesse, il tressaillit; ses cheveux se dressèrent sur la tête. Tel un troupeau d'animaux terrifiés qui fuit le coup du tonnerre, le Bodhisattva trembla de peur de la même manière, pendant qu'il contempla la souffrance de la vieillesse.  

            Il secoua sa tête et regarda longuement en méditant sur l'agonie de la vieillesse. « Comment les gens peuvent se réjouir dans les plaisirs du monde alors que la vieillesse provoque la ruine à tous? Elle atteint tout le monde; personne ne peut y échapper. Pendant un certain temps le corps peut être robuste et vigoureux, mais tout est sujet au changement. Maintenant, mes propres yeux aperçoivent la vérité de la vieillesse, comment puis-je ne pas être dégoûté et ne pas souhaiter partir?


            Le Bodhisattva dit au cocher, « Faites rapidement un demi-tour et revenez en arrière. Impossible d'oublier que la vieillesse me réclamera, quel bonheur pourrais-je trouver dans ces jardins et ces bosquets? "
 

            Le prince réfléchissait à l'expérience sur la vieillesse. Le palais ressemblait à un cimetière désert. Tout ce qu'il toucha le paralysait et le refroidissait. Son cœur ne pouvait trouver aucune paix. Le roi entendit que son fils était malheureux, il l'a alors poussé à faire une autre excursion. Il a ordonné à tous ses officiers de rendre chaque chose plus resplendissante qu'avant.

 

            La Maladie

 

            Cette fois, le dieu des Demeures Pures du Ciel se transforma de nouveau en une personne malade, s'agrippant à peine à sa vie, sur le côté de la route. Avec un corps maigre et un estomac gonflé, une respiration asthmatique, voûté avec des mains et des jambes flétris, il pleurait et gémit tristement.

            Le prince demanda au cocher, « Quel est ce type de personne? » Le cocher répondit, « C'est une personne malade. Les quatre grands éléments composant son corps sont complétement hors d'équilibre. Maigre et affaibli, il est incapable de faire quoi que ce soit. Se balançant en arrière et en avant, il doit compter sur les autres. »  

            En entendant cela, le cœur du prince gonfla de pitié. Il demanda ensuite, « Est-ce  cette personne uniquement qui tombe malade, ou d'autres le sont aussi? »  

            Il répondit, « Dans ce monde, chacun tombera aussi malade. La maladie frappe tout ceux qui ont un corps. Pourtant des gens sots recherchent la joie dans les plaisirs éphémères du monde. »  

            Le prince écoutait cela avec horreur et consternation. Son esprit et son corps frémirent comme la lune qui miroite dans l'eau trouble. « À la dérive sur cet océan d'immense souffrance, comment peut-on être tranquille ? » Il soupira pour les personnes dans le monde, ainsi dans l'illusion, et qui sont confus, entravés. « Le voleur de la maladie peut arriver à tout moment. Pourtant ils ont l'air heureux et ravi. »           

            Ensuite il a fait faire demi-tour au char et de revenir en arrière, son esprit étant bouleversé par le malheur de la maladie. Il était tout simplement comme quelqu'un qui, sur le point d'être battu, blotti son corps en attendant que les coups de bâton s'abattent. Il resta calmement dans le palais, aspirant seulement à un bonheur au-delà du monde.  

            Le roi se renseigna sur la raison du retour de son fils. On lui dit que le prince avait vu une personne malade. Le roi était atterré et  totalement hors de lui. Il réprimanda sévèrement les personne qui avaient préparé la route. Mais elles aussi étaient perplexes et ne pouvaient pas expliquer ce qui s'était passé.  

            Puis, plusieurs chanteuses ont été envoyées au harem du Prince. Leur musique était plus exquise que jamais. Le Roi espéra que le prince, séduit par le chant et la danse, serait épris par le monde et n'abandonnerait pas la vie de famille. Nuit et jour, de belles femmes et chansons lui sont offertes, pourtant il n'était pas du tout heureux.  

            Le Roi lui-même partit à la recherche de merveilleux et agréables jardins. Il sélectionna également les jeunes filles, les plus belles et les plus voluptueuses, pour le Prince. Elles le flattèrent; furent à son service avec leurs talents. Elles étaient si impressionnantes, que les hommes ont l'esprit brouillé lorsqu'ils les voient.  

            Il orna encore plus la route royale de manière que toutes les impuretés furent hors de vue. Il ordonna une fois de plus au bon cocher, de bien rester sur la voie dorée.

 

            La Mort

 

            À ce moment, le dieu des Demeures Pures du Ciel se transforma en un corps. Quatre personnes transportant le cadavre sont apparues juste devant le Bodhisattva. Seul le Bodhisattva et le cocher virent cela. Personne d'autre n'en était conscient. Il demanda, « Qu'est ce que ce corps,  orné de fleurs et de bannières? Ceux qui suivent derrière sont tous en deuil. Leurs cheveux pendants, ils gémissent tout en suivant le convoi. »  

            Le Dieu inspira une nouvelle fois le cocher. Il répondit alors: « C'est une personne décédée. Tous ses organes se sont détériorés; sa vie a été amputée. Son esprit s'est éparpillé; sa conscience est partie. Son esprit est parti et son corps a flétri. Il est rigide et droit comme du bois sec.  Autrefois, tous les membres de sa famille et ses amis l'adoraient. Ils le baignaient dans une affection mutuelle. Maintenant aucun d'eux ne souhaitent même pas le voir. Ils l'éviteront et l'abandonneront dans un cimetière vide. » Lorsque le Prince entendit parler de la mort, son cœur se serra; il se sentait lié. Il demanda, « est-ce cette personne uniquement qui décède, ou chacun dans le monde est destiné à la même chose? »  

            Il répondit, « Tout le monde doit mourir. Tout ce qui a un commencement, doit également prendre fin. Les vieux, les jeunes, ceux d'âge moyen, toute personne qui a un corps, est soumis à la désintégration. »  

            Le Prince fut choqué. Son corps se pencha sur la rampe du char. Sa respiration s'arrêta et il soupira, « Pourquoi les gens dans le monde sont si désillusionnés? Tout le monde voit que leurs corps périront, pourtant ils vivent encore leur vie avec tant de désinvolture. Ils ne sont pas insensibles comme du bois mort ou de la pierre. Pourtant, ils ne pensent jamais à l'impermanence de la vie. »  

            Il ordonna au cocher de retourner au palais, « Ce n'est pas le moment pour une promenade de plaisance. La vie peut prendre fin à tout moment. Comment pourrais-je  me livrer à une excursion?  

            Ces expériences forcèrent le Prince à renoncer à la vie ordinaire afin de trouver la voie au-delà de la naissance et de la mort. Son père, toutefois, était catégorique sur le fait qu'il devait rester dans le palais. Le Prince a promis de rester si son père pouvait garantir quatre choses:  

            « Ce n'est que sous quatre conditions que je vais abandonner ma décision de quitter la vie de laïque.  

            Garantissez que ma vie durera éternellement; que je serai sans maladie ou que je ne serai pas atteint par la vieillesse, et que toute ma richesse matérielle ne périra jamais. C'est alors que je respecterai votre ordre et que je ne quitterai pas la vie de laïque.  

            Si ces quatre vœux ne peuvent pas être réalisés, laissez moi quitter la vie de laïque. S'il-vous-plaît, n'essayez pas de me contrarier. Je suis dans une maison en feu. Comment pouvez-vous ne pas me laisser sortir? »  

            Le Prince quitta réellement le palais pour entreprendre la quête spirituelle afin de résoudre le problème de l'existence. Six ans plus tard, il devint un Bouddha, Celui qui est pleinement éveillé.  

            La Noble Vérité de la Souffrance suggère qu'un profond malaise imprègne notre vie. Tout ce dont nous vivons pour, tout ce qui nous est chère sera finalement perdu: nos pères et mères, nos frères et sœurs, nos fils et filles, nos époux ou nos épouses, et  finalement, même notre propre vie. La mort emporte tout. C'est une affaire très sérieuse, à la fois parce qu'elle est inévitable et réelle, et par ailleurs, parce que, paradoxalement, le caractère inévitable de la mort donne une direction et un sens à la vie. Le Bodhisattva ressent une identité avec tous les êtres et a une grande compassion pour tous les êtres qui endurent la souffrance.  Ainsi, il suit la voie du Bouddha pour s'éveiller afin d'aider tous les êtres à mettre fin à la souffrance et à atteindre le véritable bonheur.  

            Je serai un  bon médecin pour les malades et les souffrants. Je guiderai ceux qui ont perdu leur route vers le droit chemin. Je serai une lumière pour ceux qui se trouvent dans l'obscurité. Je vais permettre aux pauvres et aux démunis de découvrir leurs trésors cachés. Le Bodhisattva profite impartialement à tous les êtres vivants de cette façon...  

            Pourquoi cela? Parce que tous les Bouddhas, les Ainsi-Venus, considèrent le cœur de la grande compassion comme leur seul substance.  En raison des êtres vivants, ils ont de la grande compassion. L'esprit de Bodhi naît de la grande compassion; et c'est en raison de l'esprit de Bodhi, qu'ils accomplissent l'égal et le véritable éveil.  

            Par conséquent, la grande compassion pour les innombrables êtres vivants qui souffrent dans le Samsâra, est le catalyseur pour prendre la résolution de devenir un Bouddha pleinement Illuminé, ce qui permet de donner naissance à l'esprit de Bodhi.

 

            Les Qualités Méritoires de l'Esprit de Bodhi

 

            Vous devez savoir que l'esprit de Bodhi est complétement égal à tous les mérites et vertus de tous les dharmas enseignés par le Bouddha. Pourquoi? C'est parce que l'esprit de Bodhi réalise toutes les pratiques des Bodhisattvas. C'est parce que les Ainsi-Venus du passé, du présent, et du future naissent de l'esprit de Bodhi. Par conséquent, braves jeunes hommes, s'il y en a qui ont fait naître la résolution pour l' Anuttara-Samyak-Sambodhi, ils ont alors déjà donné naissance à des mérites et vertus infinis et sont universellement capables de se recueillir et de demeurer sur la voie de la Sagesse...  

            Braves jeunes hommes, c'est seulement la manière dont une seule lampe, si elle est introduite dans une pièce sombre, est capable de totalement éradiquer une centaine de milliers d'années d'obscurité. La lampe de l'esprit de Bodhi du Bodhisattva, Mahasattva est également ainsi, en ce que lors de son entrée dans la pièce, qui représente l'esprit d'un être vivant, les différents obstacles sombres de toutes les afflictions karmiques, datant de centaines de quadrillions d'ineffables nombres d'éons, peuvent être totalement détruites.

 

Chapitre II

La Cause de la Souffrance: l'Ignorance et le Karma  

 

Le Deuxième Vœu Magnifique du Bodhisattva:
Je fais le vœu de mettre un terme aux
Innombrables afflictions des êtres vivants.

          Les êtres vivants se noient dans la mer des afflictions.

            Souillés par des points de vues illusoires et confus,

            ils sont vraiment inquiétants.

            Le Grand Enseignant ressent de la pitié dans son cœur et

            leur permet de les séparer des afflictions pour toujours.

 

Ceci correspond à la Noble Vérité de la Cause de la Souffrance.

            Qu'est-ce que, Bhikshus, la Noble Vérité de la Cause de la Souffrance? C'est précisément cette soif, conduisant à l'existence, accompagnée par le plaisir et par la passion, se réjouissant ici et là; c'est-à-dire la soif pour les plaisirs sensorielles, la soif pour l'existence, et la soif pour l'inexistence. (Cette « soif » implique l'ignorance de la première vérité de la souffrance. L'ignorance et la soif sont les afflictions les plus fondamentales.) Le Cause de la Souffrance doit être éradiquée.

            Pour mettre fin à la souffrance, nous devons reconnaître sa cause. Le Bouddha a trouvé que la principale cause de la souffrance est l'ignorance. L'ignorance, à son tour, conduit à l'arrivée du désir égocentrique. L'ignorance et le désir se combinent afin de nous aveugler de nous exclure de toute possibilité de réaliser notre nature spirituelle inhérente. Confus et étourdis, nous «considérons les yeux de poissons pour des perles », c'est- à-dire, que nous confondons le flux et le reflux des choses éphémères pour notre vrai moi.

            Vous avez perdu la trace de votre trésor fondamental: le parfait, le merveilleux esprit vif. Et au milieu de votre nature pure et illuminée, vous prenez le faux pour le vrai à cause de l'ignorance et de l'illusion.

            Votre vraie nature est occultée par la mauvaise perception des fausses apparences basées sur les objets extérieurs, et ainsi depuis le temps sans commencement jusqu'à maintenant, vous avez pris un voleur pour votre fils. Vous avez ainsi perdu votre source éternelle et, au lieu de cela, vous avez tourné la roue de la naissance et de la mort.

            À cause de l'ignorance, les êtres vivants créent des karmas. Le mot « karma » signifie « activité ». Plus précisément, les karmas sont les activités que nous faisons encore et encore – des activités enracinées dans le désir et gouvernées par la loi de la cause et la conséquence.  La loi de la cause et la conséquence, pour en parler simplement, c'est ce que chacun des actes bons ou mauvais du corps, de la parole et de la pensée, entraîne un résultat associé, bon ou mauvais. La cause entraîne nécessairement la conséquence, qui ne diffère qu'en terme de degrés ou de temps, selon les circonstances.

            Par exemple, quelqu'un vous réprimande, puis, en retour, vous le grondez. Sa réprimande envers vous est le résultat d'un karma passé qui est venu à son terme. Lorsque vous le grondez à votre tour, vous êtes en train de créer un nouveau karma, qui entraînera également des conséquences désagréables dans le futur. Toutes les choses que vous faîtes par le corps, la parole et la pensée sont des causes. Toutes les choses qui se produisent à vous sont des conséquences.  Ainsi, le présent est à la fois le fruit du passé et la semence de l'avenir. Ce que vous êtes est ce que vous avez fait, et, ce que vous faites est ce que vous deviendrez.

            Toutefois, le karma, ne devrait pas être interprété comme le « destin » ou la « prédestination ». Le karma n'est pas fixé et n'est pas certain. Seul le principe ou la « loi » est inaltérable: vous récoltez ce que vous avez semez. Pourtant, le libre arbitre et le choix conscient sont présents et informent chacune des actions. L'individu est libre de choisir, mais n'est pas libre de se soustraire aux conséquences de ces choix. Une fois qu'une action accompagnée d'une intention existe, les conséquences suivent inévitablement. On ne peut pas échapper à cette loi immuable, mais on peut comprendre et maîtriser son fonctionnement et ainsi échapper au cycle de l'existence avec ses innombrables naissances et décès.

            C'est pourquoi, l'un des principaux objectifs de la pratique du Bouddhisme est d'atteindre la conscience pure et la clarté de l'esprit qui y découle, permettant de faire des choix judicieux et d'éviter les erreurs de la cause et la conséquence. Même les sages, y compris les Bouddhas et les Bodhisattvas, ne sont pas épargnés par la loi de la cause et la conséquence; ils n'ont simplement pas commis d'erreurs de cause à effet. L'accent mis sur les préceptes moraux et sur la méditation dans le Bouddhisme a donc un sens dans le contexte du karma. La morale et l'attention ont pour but de rester en contact avec nos actions, et, plus important, avec les intentions qui nous conduisent à ces actions. Les actions motivées par les désirs égoïstes et l'ignorance aboutissent invariablement à des karmas malsains et à se faire piéger. L'inverse est également vrai: les actions sans désirs égoïstes et sans illusions entraînent invariablement des karmas sains et une véritable liberté. Être capable de voir et de choisir intelligemment entre le bien et le mal, le sain et le malsain, la libération et la servitude, est la marque de la sagesse – un des deux plus grandes vertus du Bouddhisme.

            La compassion, l'autre vertu fondamentale de la pratique Bouddhiste, apparaît aussi d'une compréhension claire du karma. Le principe du karma implique et confirme une profonde relation mutuelle entre tous les êtres vivants et tous les éléments. Cette interdépendance entre tous les éléments signifie que ce qui touche à l'un, touche à tous. C'est la vérité à laquelle tous les Bouddhas et les Bodhisattvas se sont éveillés. Les dichotomies que nous faisons entre le soi et les autres, le corps et l'esprit, et l'homme et la nature, sont tous des fabrications et sont inexactes. Ainsi, d'une manière très réelle, nous « faisons à nous-même ce que nous faisons aux autres »,  suggérant encore une dimension plus profonde à la Règle d'Or de longue date.

            Cependant, la compassion va au-delà de la bonté instrumentale, c'est-à-dire, être bon envers les autres afin qu'en retour, ils soient bons envers nous. La compassion signifie littéralement « être un avec chacun ».  C'est une façon de voir et d'être (pas seulement une attitude ou une façon de penser) dans l'identité absolue avec tout ce qui vit. C'est à la fois comment les choses sont réellement et comment les choses pourraient être une solution à tous les conflits et désordres de l'humanité.

            Ainsi, comprendre le karma est essentiel pour comprendre le Bouddhisme – l'enseignement de la sagesse et de la compassion. Le karma est la principale force qui nous maintient dans le cycle illusoire de la naissance et de la mort. Lorsqu'elle est comprise et maîtrisée, c'est la même force qui nous libère de ce cycle malheureux, et qui nous donne la compassion et la sagesse afin de réellement bénéficier le monde. Le Bouddha a donné une analogie pour ceux qui sont pris dans ce cycle du karma:

            Le mauvais karma qui est créé,
            tel le lait, il ne caille pas immédiatement;
            En fermentant, il suit le sot
            comme un feu recouvert par les cendres.

            L'environnement familial et social dans lequel nous sommes nés, et même nos corps, sont les conséquences de notre karma des vies antérieures. Le monde entier se manifeste aussi à partir du karma collectif de tous les êtres vivants.

            Le karma individuel des êtres vivants,

            Conduit à d'innombrables sortes de mondes.

            Là-dedans, de ceux qui s'efforcent de comprendre la vie,

            Chacun reçoit une mesure différente

            de souffrance et de bonheur.

 

            La raison pour laquelle des gens reçoivent des récompenses et des châtiments apparemment injustifiés doit, en définitive, remonter aux causes ou « graines », que nous avons planté dans le passé. Nous sommes nous-même responsables de ce qui nous arrive. Le karma est juste, impartial, et n'est jamais dans l'erreur.

 

            Toutes les choses que vous faîtes aux autres, vous les subirez vous-même en retour.           

            Si vous voulez connaître les causes de vos vies antérieures,

            Observez les récompenses que vous récoltez aujourd'hui.

            Si vous voulez connaître vos vies futures,

            Vous n'avez besoin de rien d'autre que d'observer ce que vous faîtes en ce moment.

           

            Tous les hommes et les femmes dans le monde, qu'ils soient pauvres et modestes ou riches et nobles, qu'ils soient en train de subir des souffrances sans limites ou qu'ils soient en train de jouir des bienfaits sans fin, ils sont tous soumis aux rétributions provenant de causes de leurs vies antérieures.

           

            Parfois les gens ont des biens en abondance.

            La raison en est tout à fait juste.

            Dans le passé, ces mêmes personnes

            Ont donné avec générosité de la nourriture aux pauvres.

            Certains heureux pères et mères des individus,

            Profitent d'une longue vie, de la satisfaction, et de la tranquillité.

            Vous vous demandez quelle est la raison pour des récompenses comme celles-ci?

            Dans le passé, ils se sont occupés des orphelins

            Et ont pris soin de toutes les personnes âgées comme les leurs.

 

            S'il rencontre ceux qui ôtent des vies, le Bodhisattva Matrice de la Terre décrit le châtiment d'une courte durée de vie. S'il rencontre des bandits et de simples voleurs, il raconte le châtiment de la pauvreté et de la profonde souffrance.

 

            À ceux qui ont des langages rudes, il explique qu'ils auront une famille brouillée. Aux personnes qui insultent, il met en garde contre le châtiment d'une bouche sans langue et ulcéreuse. Et, à ceux qui sont en colère et haineux, il leur raconte comment ils deviendront laids et paralysés.

 

            La Vérité de la Cause de la Souffrance identifie la racine du problème de la souffrance: l'ignorance. À cause de l'ignorance, nous confondons notre « moi » à quelque chose qui naît et qui meurt. Confus au sujet de cette question fondamentale, nous pouvons facilement être entraîné par la peur de la mort et de tenter de comprendre la vie, et nous créons ainsi d'infinis types de karma. En réalité, notre vraie nature n'est jamais née, ni ne périra jamais. Le « moi » qui subit la naissance et la mort est une illusion, un fantasme que notre esprit fait naître de notre ignorance.  

            Puis l'Honoré du Monde a expliqué l'irréalité du soi.  

            'Tout ce qui est produit, sera à nouveau disparu. Toute inquiétude à l'égard du moi est inutile; le moi est comme un mirage, et toutes les angoisses qui le concernent, disparaîtront. Elles se dissiperont comme un cauchemar, lorsque le dormeur se réveille.  

            Celui qui s'est éveillé est libéré de la peur; il est devenu est un Bouddha; il connaît la vanité de tous ses soucis, ses ambitions, et également ses peines.  

            Il arrive facilement qu'un homme, en prenant un bain, marche sur une corde mouillée et imagine que c'est un serpent. L'horreur s'emparera de lui, et il tremblera de peur, anticipant dans son esprit toutes les agonies causées par la morsure venimeuse du serpent. Quel soulagement cet homme éprouvera, au moment où il s'apercevra que la corde n'est pas un serpent. La cause de sa peur réside dans son erreur, son ignorance et son illusion. Si la vraie nature de la corde est reconnue, sa tranquillité d'esprit lui reviendra; il se sentira soulagé; il sera joyeux et heureux.  

            C'est l'état d'esprit de celui qui a reconnu qu'il n'y a pas de moi, que la cause de tous ses ennuis, ses soucis, et ses vanités est un mirage, une ombre, un rêve. »  

            Le Bouddha utilisa une autre analogie pour décrire comment l'ignorance n'a, par nature, ni cause, ni raison d'être. En effet, le plus grand mystère dans la vie est « Pourquoi y a-t-il de l'ignorance? » Le Bouddha a dit que nous sommes comme Yajnadatta qui regarde dans un miroir et tombe amoureux de son image. Sans aucune raison, il pensait que la tête dans le miroir appartenait à quelqu'un d'autre; qu'il n'avait pas de tête de lui-même. Il devint soudainement fou, et courra frénétiquement en criant, « Où est ma tête? Où est ma tête? »  

            Le Bouddha dit, « Y avait-il une raison pour laquelle il est devenu craintif pour sa tête et pour qu'il courra partout? Si sa folie venait à cesser, ce ne serait pas parce qu'il a « retrouvé » sa tête quelque part à l'extérieur. Donc avant même que sa folie ait cessé, comment aurait-il avoir perdu sa tête?... »  

            « Lorsque la folie du Yajnadatta dans votre propre esprit cesse, c'est justement cette rupture qui est l'Illumination. Le suprême, pur, brillant esprit pénètre, à l'origine, toute réalité. Ce n'est pas quelque chose obtenue à partir de quelqu'un d'autre. »  

            Avec votre propre esprit, vous vous efforcez de comprendre votre propre esprit.

            Ce qui n'est pas illusoire se transforme en illusion.

            Si vous ne tentez pas comprendre, il n'y a pas de non-illusion.

            Si même la non-illusion n'apparaît pas,

            Comment les dharmas illusoires peuvent-ils être établis?

            C'est ce qui est appelé la fleur de lotus merveilleuse,

            le joyau de vajra royal de l'Illumination.

Chapitre III

La Voie de la Cessation de la Souffrance: la Pratique du Dharma

 

Le Troisième Vœu Magnifique du Bodhisattva:
Je fais le vœu d'étudier les innombrables portes-du-Dharma.

             En utilisant les innombrables portes-du-Dharma, il est pleinement libre et serein.

            Il contient et régule les êtres vivants

            partout dans les dix directions,

            Et pourtant, tout en faisant tout ceci parmi les êtres vivants,

            le Bodhisattva est détaché et ne fait pas de discriminations.

 

            Ceci correspond à la Noble Vérité de la Voie qui conduit à la Cessation de la Souffrance.           

            Qu'est-ce que, Bhikshus, la Noble Vérité de la Voie qui conduit à la Cessation de la Souffrance? C'est justement cette voie octuple; à savoir les points de vues justes, les bonnes intentions, la parole juste, le comportement juste, les moyens d'existence justes, l'effort correct, l'attention juste, et la concentration méditative juste. (Les portes-du-Dharma du Bodhisattva ou les méthodes de pratique sont les Six Perfectionnements: l'offrande, la moralité, la patience, la vigueur, la concentration méditative et la sagesse.) La Voie doit être pratiquée.    

            Le mot Dharma renvoie aux enseignements du Bouddha. Comme il a été signalé précédemment, il renvoie littéralement aux lois et aux vérités qui régissent la réalité. Dans le Bouddhisme, il fait spécialement allusion aux méthodes de pratique, que le Bouddha a énoncé par compassion afin de conduire les êtres vivants depuis la dense forêt de leur ignorance jusqu'à leur vraie nature.  

            Le Dharma offre une analyse approfondie du problème de la souffrance, tout en fournissant à la fois une autre vision sans la souffrance (l'Illumination) et des méthodes réelles dont nous avons besoin pour justement réaliser cet éveil.  

            Autrement dit, le Dharma est:            

            Ne pas faire de mal.

            Respectueusement pratiquer tout ce qui est bon.

            Purifier son propre esprit.

            Voilà l'enseignement de tous les Bouddhas.

 

            Les principaux Dharmas de la pratique consistent en la moralité, la concentration méditative, et la sagesse.  

            Des préceptes moraux résultent la concentration méditative, et de la concentration méditative naît la sagesse.

 

             La Moralité  

            Sans une base solide dans la conduite morale, il est impossible de développer des compétences dans la méditation et d'acquérir la véritable concentration méditative qui mène à la sagesse. Le Bouddha a établi les Cinq Préceptes Moraux en tant que vertus fondamentales de la vie humaine et l'essence même de la culture spirituelle. Ce sont les suivants:  

1.      Ne pas tuer. Nous ne devons pas délibérément tuer une créature vivante, soit en commettant nous-même l'acte, soit en ordonnant aux autres de tuer, en y participant ou  approuvant les actes d'abattages. On peut échapper à la participation indirecte dans l'abattage en ne mangeant que des aliments végétariens. La compassion, le respect commun pour la vie, et un sentiment d'unité avec toutes les créatures vivantes sont des raisons convaincantes pour le respect de ce précepte.  

2.      Ne pas voler. Si quelque chose ne nous est pas donnée, nous ne devons pas le prendre. Ce précepte s'applique non seulement aux objets de valeur comme l'or et l'argent, mais également à des choses aussi petites et peu coûteuses, telles les aiguilles. Ceci peut aussi être interprété comme le fait de vivre avec simplicité et de ne pas gaspiller les ressources.  

3.      Ne pas s'engager dans des inconduites sexuelles. Les activités sexuelles avec quelqu'un d'autre que notre conjoint légitime sont considérées comme de la promiscuité. La promiscuité sexuelle, ou la sexualité perverse, telle que l'homosexualité et l'activité sexuelle avec des animaux, conduit à une renaissance dans les royaumes inférieurs de l'existence dans lesquelles on éprouve beaucoup de souffrance.  

4.      Ne pas parler faussement. En général, il existe quatre types de discours incorrects: les mensonges; les discours irresponsables (tels que les commérages et les paroles qui bouleversent les émotions des personnes); les propos offensants (comme le fait de sévèrement réprimander les autres); et les discours de médisance (qui occasionne une dissension et un discorde entre les gens).  

5.      Ne pas consommer de substances intoxicantes. L'alcool, les drogues illicites, les stimulants ou les dépresseurs et même le tabac sont tous considérés comme des substances intoxicantes. Ils nuisent à l'organisme, brouillent notre esprit, et nous amènent à devenir stupides dans les vies futures.  

            Maintenant, je vais décrire les règles de conduite qu'un propriétaire de famille doit suivre, afin de devenir un bon disciple. Cependant, si quelqu'un souhaite remplir les obligations d'un Bhikshu, il ne peut pas le faire en possédant les propriétés d'un propriétaire de famille.  

            Qu'il ne détruise pas la vie, qu'il n'amène pas les autres à détruire la vie, et qu'il n'approuve pas les tueries des autres. Qu'il s'abstienne à oppresser tous les êtres vivants dans le monde, que ces derniers soient forts ou faibles.  

            Ensuite, parce que le disciple sait que ceci appartient à autrui, voler n'importe quelle chose, de n'importe quel endroit, doit être évitée. Qu'il ne vole pas, et qu'il n'approuve pas les vols des autres. Tous les vols doivent être évités.           

            L'homme avisé doit éviter de mener une vie de non-célibat comme il le ferait en apercevant une fosse de charbons de bois en combustion. S'il est incapable de mener une vie totalement célibataire, qu'il ne commette pas de péchés avec une femme d'autrui.           

            Que ce soit dans une assemblée ou dans un lieu public, qu'il ne mente pas à autrui. Qu'il n'amène pas les autres à mentir, ni qu'il n'approuve les mensonges des autres.            

            Le  laïc/propriétaire/chef de famille qui se réjouit de sa maîtrise de soi, sachant lui-même que les substances intoxicantes la détruisent, qu'il ne consomme pas de substances intoxicantes, ni qu'il n'amène pas les autres à en consommer, et qu'il n'approuve pas que les autres le fassent.  

            Les préceptes moraux sont le fondement de l'Illumination.  

            Les préceptes moraux du Bouddhisme sont enracinés dans le respect de soi-même (en particulier, en chérissant sa nature spirituelle) et le respect d'autrui. Le respect de soi-même et le respect des autres, à leur tour, se développent naturellement de notre première et de notre plus fondamentale relation humaine: celle entre l'enfant et les parents. La bonté, la compassion, la générosité et la clémence, aussi bien que notre propre-estime, sont tous suscitées et insufflées dans le processus continuel de cette relation, consistant à donner et à recevoir. Ainsi, dans le discours sur les Préceptes de Bodhisattva du Sûtra du filet de Brahman, le Bouddha observe ceci:           

            Le respect filial est un dharma de la voie ultime. La piété filiale est connue sous le nom de préceptes moraux. Elle est aussi appelée de la modération et la cessation.  

            La vertu la plus fondamentale de l'Homme est le respect pour son père et sa mère. Le Bouddha considère la piété filiale comme absolument essentielle pour une vie morale.  

            Bhikshus, il existe deux personnes à qui vous ne pouvez jamais repayer vos dettes. Ce sont votre père et votre mère. Même si vous portiez votre mère sur une épaule et votre père sur l'autre épaule pendant cent années, et qu'ils devraient même y vider leurs excréments; et si vous deviez vous occuper d'eux, leur appliquer des pommades, les masser, les baigner et frotter leurs membres, même en faisant cela, vous ne les avez pas repayé.  

            Même si vous faisiez régner vos parents comme seigneurs et dirigeants suprêmes sur cette terre, enrichis des sept trésors (l'or, l'argent, le lapis-lazuli, le cristal, les perles rouges, les nacres et la cornaline), ceci ne serait toujours pas une démonstration suffisante de reconnaissance. Pourquoi? Les parents en font tant pour leurs enfants, Bhikshus. Ils les élèvent, les nourrissent, et les guident à travers ce monde.  

            Et, dans le passage suivant du Sûtra sur la Profonde Bienveillance des Parents et sur la Difficulté de La Rendre, le Bouddha décrit d'une manière poignante ce que les parents font pour leurs enfants.  

            Pendant dix mois, pendant que la mère porte l'enfant, elle ressent un malaise à chaque fois qu'elle se lève, comme si elle était en train de soulever une lourde charge. Comme un invalide chronique, elle est incapable de retenir sa nourriture et sa boisson. Après que les dix mois soient passés, et au moment de l'accouchement, elle subit toutes sortes de douleurs et de souffrances afin que l'enfant puisse naître. Elle est effrayée par sa propre mortalité, comme un cochon ou agneau qui attendent d'être  abattus. Le sang se répand ensuite partout sur le sol. Ce sont les souffrances qu'elle subit.

            Dès que l'enfant est né, elle garde ce qui est sucré pour lui, et, consomme elle-même ce qui est amer. Elle porte l'enfant et le nourrit, tout en lavant ses saletés. Il n'y aucun labeur ou de difficultés qu'elle n'est pas prête à assumer pour le bien de son enfant. Elle supporte le froid et la chaleur, et ne fait jamais part de ce qu'elle a vécu. Elle conserve l'endroit sec pour son enfant et dort elle-même dans des déchets. Pendant trois ans, elle nourrit le bébé avec du lait, qui s'est transformé à partir du sang de son propre organisme.

            Les parents instruisent et guident sans cesse leurs enfants dans les voies de la bienséance et de la moralité, jusqu'à ce que les jeunes deviennent adultes. Ils arrangent leur mariage et leur fournissent des biens et de la richesse, ou, leur donnent des conseils judicieux sur la façon d'obtenir ces choses. Ils prennent sur eux cette responsabilité et cette difficulté avec un zèle et un labeur exceptionnel, n'évoquant jamais leur dur labeur, ni leur tendresse.

            Lorsqu'un fils ou une fille tombe malade, les parents sont si inquiets et ont si peur jusqu'à devenir eux-mêmes malades. Ils restent auprès de l'enfant en lui procurant constamment des soins, et ce n'est seulement lorsque l'enfant est guéri que les parents sont de nouveau heureux. De cette manière, ils prennent soin et éduquent leurs enfants avec un constant espoir que leurs progénitures vont rapidement grandir pour devenir des adultes matures.

            De cela, nous commençons à apprécier la profonde dette de la bonté que nous devons à nos parents. Dans ce Sûtra, le Bouddha a même indiqué certaines manières pour pouvoir manifester notre gratitude:  

            Disciples du Bouddha, si vous souhaitez rendre la bienveillance de vos parents,  recopiez ce Sûtra en leur nom.            

            Récitez ce Sûtra en leur nom . Repentez-vous des transgressions et des offenses en leur nom. Pour le bien de vos parents, faîtes des offrandes aux Trois Joyaux (le Bouddha, le Dharma et le Sangha). Pour le bien de vos parents, respectez le précepte consistant à manger des aliments purs (la nourriture végétarienne). Pour le bien  de vos parents, pratiquez le don et plantez des mérites. Si vous êtes capable de faire ces choses, vous serez un enfant filial.  

            Dans le Sûtra Sigalaka, le Bouddha conseilla au laïc Sigalaka sur la manière de vivre une vie saine et heureuse. Le Bouddha a décrit les obligations et responsabilités respectives que nous devons à notre père et notre mère, nos enseignants, notre femme et nos enfants, nos amis, aux travailleurs, et aux religieux. Ce qui suit est le conseil sur les bons amis et sur la gestion des richesses personnelles.  

            L'ami qui nous vient en aide et l'ami qui nous soutient à travers toutes les épreuves; l'ami qui nous indique le chemin et l'ami rempli de sympathie: une personne sage reconnaît la véritable valeur de ces quatre types d'amis et les chérissent avec attention, telle une mère chérit son enfant le plus cher.           

            La personne sage, qualifiée et disciplinée, brille comme un phare; elle recueille les richesses telle l'abeille qui recueille le miel, ou les fourmis qui construisent leur fourmilière. Avec la richesse ainsi perçue, une personne laïque peut la consacrer au bien des gens. Il faut diviser son patrimoine en quatre parts. Une fraction pourrait être appréciée à sa guise. Deux fractions devraient être consacrées au travail et la quatrième fraction devrait être épargnée en tant qu' une réserve en cas de besoin.  

            Que l'on soit un laïc, ou un moine ou une nonne, la moralité constitue le fondement essentiel de toute véritable compréhension et expérience spirituelle. Bien que les préceptes spécifiques (la "lettre ") varient légèrement entre les moines et les laïcs, entre les moines et les nonnes, l'objectif et la raison fondamentale (l '«esprit») reste le même: favoriser les qualités vertueuses, celles qui développent la concentration et qui permettent à la sagesse de se révéler.

 

            La concentration méditative  

            En respectant les interdictions morales, nous purifions les activités du corps et de la parole, formant ainsi une base solide pour la transformation des habitudes de l'esprit, celles qui sont les plus profondément enracinées et les plus subtiles. La méditation développe la concentration. Celle-ci, à son tour, améliore la clarté innée de notre esprit, nous permettant de voir le cœur des choses au-delà de leur impermanence et de leur superficialité. Suite à cette prise de conscience, nous devenons moins troublés par des sujets sans intérêts, plus imperméables aux petits hauts et bas de la vie. Une agréable sensation de calme et d'objectivité en découle progressivement, nous permettant de moins en moins souffrir à cause des impacts des évènements extérieurs. Les méthodes pour développer la concentration varient: s'asseoir en méditation, ainsi que sous les formes de méditation: debout ou en marchant; réciter les noms des Bouddhas ou des Bodhisattvas, se prosterner devant les Bouddhas ou les Bodhisattvas, se prosterner pour se repentir, se prosterner devant les Sûtras, réciter les Sûtras, et réciter les mantras. Les possibilités sont effectivement illimitées; diverses méthodes sont adaptées aux différentes personnes, à des moments différents. Bien que les méthodes varient, si elles sont pratiquées avec une assimilation totale et si elles sont soutenues avec la vertu, le résultat est le même: la sagesse.  

            L'extrait suivant du Sûtra Shurangama, Volume 8, décrit ce qui se produit lorsque nous entrons dans les premières phases de la concentration méditative.  

            Ananda, soyez conscients que lorsque vous vous asseyez dans le Bodhimanda (un endroit, tel qu'un monastère, où le Dharma est pratiqué), vous faites disparaître toutes vos pensées. Lorsque ces pensées s'achèvent, vous êtes libérés de toutes pensées/réflexions. Vous entrez dans un état pur de vigueur et de vitalité. Votre esprit ne s'agitera plus entre les phases de mouvement et d'immobilité, et le souvenir et l'oubli deviennent équivalents.  

            Lorsque vous résidez dans cet endroit et que vous entrez en Samadhi, vous êtes comme une personne avec une vision, qui habite dans l' obscurité totale. L'esprit merveilleusement pur, qui est votre nature vierge d'origine, n'a pas encore émis de lumière. Cela s'appelle la « région de la forme skandha. » Si les yeux de la personne deviennent purs/clairs, alors elle conçoit les dix directions comme une immense étendue et l'obscurité a disparu.

 

            La Sagesse (Prajna)  

            Dans le Bouddhisme, il existe trois types de sagesse ou prajna: la sagesse littéraire, qui résulte de l'étude des Sûtras, la sagesse contemplative, par laquelle on réfléchit profondément sur le sens des Sûtras et on atteint alors une véritable compréhension, et la sagesse de la réalité, par laquelle on voit la vraie nature de la réalité. Tous les phénomènes de l'univers ont leurs propres caractéristiques, mais finalement, ils ne sont que de simples apparences conditionnées, qui n'ont de nature substantielle propre. C'est-à-dire, que chaque phénomène est analogue à une fleur. Une fleur commence à pousser après qu'une graine ait été plantée dans la terre. Lorsque la graine reçoit de l'eau et de la lumière du soleil en temps voulu, elle finira par fleurir. L'existence de la fleur dépend de l'ensemble de ces conditions favorables, à savoir la terre, l'eau et la lumière du soleil, ainsi que l'origine élémentaire de la graine. La fleur n'a pas d'existence inhérente ou indépendante en dehors de ces conditions favorables. Lorsque l'on conçoit toutes les choses comme ceci, on découvre alors que la vraie nature de la réalité est vide, c'est-à-dire au-delà des apparences. Elle est au-delà de la dualité de l'existence et de l'inexistence. Par conséquent, la sagesse de la réalité est un monde profond – qui transcende l'idée de la nature réelle de toutes les choses. Elle considère la nature non substantielle de tous les phénomènes et la vraie réalité au-delà des apparences. Ce stade ne peut pas être conceptualisé ou être décrit; il peut seulement être connu en l'expérimentant réellement.  

            Contemplez la fausseté fondamentale des apparences. Elles sont comme des fleurs  apparues dans l'espace, qui donnent des fruits vides. Pourquoi, alors, étudier la signification de leur formation et de leur disparition?  

            La Prajna donne le pouvoir aux Bodhisattvas, qui apparaissent encore et encore dans le monde entier pour aider les êtres vivants. Bien qu'ils considèrent que la véritable nature de la réalité est très profonde, pure et parfaite en elle-même, ils apparaissent pourtant dans le monde illusoire – la perception déformée et erronée de la réalité, celle que les êtres vivants ont créé à travers leur ignorance – dans le but d'aider toutes les créatures. Sans cette sagesse, ils seraient emportés, comme tout le monde, par le courant. La sagesse, toutefois, leur permet d' « entrer dans le feu sans se brûler ». Elle leur permet d'être comme la fleur de lotus, enracinée dans la boue mais dont les pétales ne touchent jamais l'eau polluée. Les Bodhisattvas incarnent ainsi le Dharma qu'ils enseignent, et cette personnification de la vertu, de la concentration, et de la sagesse est la véritable « parole du Dharma ».  L'enseignement et l'enseignant deviennent exactement la même chose.  

            En enseignant le Dharma, un Bodhisattva comprend les innombrables différences entre les êtres vivants, qui découlent de leur karma passé et des circonstances actuelles. Pour être efficace, son enseignement du Dharma doit être adapté à leurs natures. Par conséquent, au cours de nombreuses vies, il traverse volontairement les voies de la renaissance, étudie le Dharma de plusieurs Bouddhas et de d'autres Bodhisattvas, apprend les indénombrables méthodes pour enseigner et influencer le nombre quasi-infini d'êtres sensibles. De cette manière, il acquiert la capacité d'offrir le plus grand don du Dharma à toutes les créatures vivantes.           

            Parmi toutes les offrandes, l'offrande du Dharma est suprême. C'est l'offrande de cultiver  selon les enseignements, l'offrande de se réunir parmi les êtres vivants, l'offrande d'être utile aux êtres vivants, l'offrande de prendre la place des êtres vivants qui sont en train de subir des souffrances, l'offrande de cultiver avec diligence les racines du bien, l'offrande de ne pas renoncer au karma des Bodhisattvas, et l'offrande de ne jamais abandonner l'esprit de Bodhi.

 

            Extrait du Sûtra Vajra Prajna-Paramita

            et du Maître Vénérable Tripitake Hsuan Hua

 

            Tous les dharmas conditionnés

            Sont comme des rêves, des illusions, des bulles, des ombres,

            Telles des gouttes de rosée et tel un éclair:

            Contemplez les ainsi.  

 

            Explication du Sûtra: Chaque chose est un dharma conditionné. Manger, s'habiller, marcher, se tenir debout, se coucher, gérer une entreprise – toutes les activités sont des dharmas conditionnés. Ce sont des exemples de dharmas conditionnés externes. Les quatre éléments, à savoir la terre (matières solides), l'eau (matières liquides), le feu (température), et l'air (mouvement) sont des dharmas conditionnés. Les six facultés sensorielles, leurs objets, et la conscience respective qui résulte de chaque faculté sensorielle, lorsque celle-ci entre entre en contact avec son objet, sont tous des dharmas conditionnés. Tous ces dharmas, qu'ils soient externes ou internes, Sont comme des rêves, des illusions, des bulles, des ombres.  

            Qu'est ce qu'un rêve? Personne ne le sait. Si nous le savions, alors nous ne rêverions pas. Les gens sont dans un rêve perpétuel. Lorsque vous vous endormez et rêvez, vous n'êtes pas conscients  des choses, qui existent dans votre état normal de veille, et lorsque vous vous réveillez de votre rêve, il vous est généralement impossible de vous souvenir des événements du rêve. De la même manière, nous sommes incapables de nous souvenir des évènements de nos vies antérieures, parce qu'ils ont disparu dans le rêve de cette vie actuelle.  

            Quelqu'un peut avoir un rêve dans lequel il devient riche, il est nommé officiel, et dans lequel il est sur le point de devenir président, lorsque soudain quelqu'un lui dit: « Monsieur, vous êtes en réalité en train de rêver. » Mais au milieu de son rêve de pouvoir et de richesses, la personne ne peut croire ce qui lui dit.  

            « Tout ce qui m'arrive est réel, » affirme t-il, « Je suis riche, je suis un officiel, je suis un candidat à la présidentielle. Comment pouvez-vous dire que je suis en train de rêver? » Cependant, lorsqu'il se réveille de son rêve, sans qu'on lui dise, il saura que tous ces événements se sont produits dans un rêve.  

            Donc, nous autres aussi, nous sommes comme dans un rêve.  Maintenant, je vais vous dire: c'est un rêve. Bien que je vous l'ai dit, vous me répondrez certainement, « Que voulez-vous dire, un rêve? Tout cela est réel. Ces choses se produisent réellement. Comment pouvez-vous dire que c'est un rêve? Vous êtes en train de nous duper. »  

            Lorsque que votre culture spirituelle est réalisée, sans qu'on vous le dise, vous vous réveillerez de ce rêve et vous saurez que, tout ce que vous avez fait dans le passé était un rêve. La raison pour laquelle vous ne me croyez pas lorsque je vous dis que vous rêvez, est que vous ne vous êtes pas encore réveillés de votre rêve. Lorsque vous vous réveillerez, vous en conviendrez, "Oui, c'était un rêve."  

            Les illusions sont irréelles, comme des tours d'un magicien. Le magicien récite un mantra et une fleur de lotus apparaît soudainement dans l'eau, ou au milieu du feu. Ou bien il peut soudainement faire apparaître une pièce de jade de nulle part. Un magicien paraît avoir des pouvoirs spirituels et des compétences miraculeuses, mais ce qu'il fait est irréel. Bien que ça semble réel, si vous examinez, cela est considéré comme illusoire et inexistant. Les enfants peuvent se laisser tromper en croyant que le lotus dans le feu soit réel, mais un adulte observera et saura que c'est un tour de magie.  

            Lorsque vous comprenez le dharma du Bouddha vous savez que tout est vide et illusoire. Le monde est vide et illusoire; il voit le jour à partir d'un confluent de conditions, qui semblent seulement être réelles. Lorsque vous ne comprenez pas le dharma du Bouddha, vous êtes comme l'enfant dupé, qui considère que tout est réel. Ce n'est pas pour rabaisser les gens: c'est un simple fait. Les gens, qui ne comprennent pas le dharma du Bouddha, pensent qu'être riche et qu'avoir une position officielle, tout ceci est réel. En réalité, tout est unique. Tout est la même chose. Une personne est la même, qu'elle soit riche ou pauvre. Si vous comprenez que tout est vide et illusoire, alors vous ne pouvez pas être confondu par quoi que ce soit. Vous ne serez pas attachés aux situations irréelles.  

            Les bulles sont aussi irréelles, et disparaissent rapidement, révélant ainsi leur vacuité.  

            Les ombres suivent partout les gens. Lorsqu'il y a une forme, il y a alors une ombre; La forme a une substance effective, mais l'ombre est vide. Si elle est expliquée de façon plus approfondie, même la forme elle-même est vide et irréelle. Si vous ne croyez pas cela, alors continuez tout simplement à vous accrocher à votre corps; à le protéger et à l'entretenir, et à regarder s'il s'éteint ou non.  

            Telles des gouttes de rosée et tel un éclair. Si vous regardez dehors, tôt le matin, vous trouverez de la rosée, mais après le lever du soleil, la rosée s'évaporera. Un éclair est également très évanescent.

            Contemplez les ainsi.   Vous devez regarder toutes les choses conditionnées de cette manière. Si vous le faites, alors le ciel sera vide et la terre sera vacante. La dimension de votre esprit sera aussi vaste que les cieux, et, aussi large que les étendues de l'espace, libre de tout obstacle. Sans obstacles, vous n'aurez aucune peur, quelle qu'elle soit.

 

Chapitre IV

La Cessation de la Souffrance: le Royaume du Bouddha

 

            Le Quatrième Vœu Magnifique du Bodhisattva:
            Je fais le vœu d'accomplir l'incomparable Voie du Bouddha.

 

          L'Ainsi-Venu observe le monde

            et présente un cœur de grande compassion.

            Dans le but d'être utile aux êtres vivants, il apparaît

            et leur montre la paix et

            le bonheur de la Voie la plus suprême.

 

            Ceci correspond à la Noble Vérité de la Cessation de la Souffrance.

 

            Qu'est-ce que, Bhikshus, la Noble Vérité de la Cession de la Souffrance? C'est la cessation imperturbable et sans résidu de cette soif même(mentionnée dans la Vérité de la Cause de la Souffrance). L'abandonner et y renoncer, être libéré et écarté de cela. La Cessation de la Souffrance doit être accomplie.  

            Le Bodhisattva perfectionne, au cours de nombreuses vies, son Illumination à travers l'étude et la pratique. Le Bodhisattva devient ensuite un Bouddha. Le mot « Bouddha » signifie littéralement « Celui qui s'est éveillé » ou « Celui qui s'est Illuminé ». Il est l'un de la sagesse et de la compassion ultime. Sa sagesse englobe l'univers entier, sans entrave; sa compassion pour les êtres dans toutes les situations de l'existence, dans tous les mondes, ne connait aucune limite. Ce n'est uniquement lorsque l'on devient un Bouddha, que l'on aura pleinement accompli la cessation de toute souffrance.  

            Par conséquent, le royaume du Bouddha est difficile à comprendre. Ceux qui voient le Bouddha, le perçoivent différemment en fonction de leur propre karma. À titre d'exemple, les grands Bodhisattvas respectent toujours l'enseignement et la source d'inspiration du Bouddha. En revanche, les gens ordinaires, à cause de leurs connaissances et de leurs visions limitées, ils trouvent difficile de croire ou même d'imaginer la condition d'un Bouddha.  

            Comment les êtres vivants dans les trois royaumes de l'existence, dans leur état mondain, et voire même comment les Auditeurs des Sons et Ceux qui se sont Illuminés, dans leur état transcendantal, peuvent faire des spéculations sur l'Illumination Suprême de l'Ainsi-Venu? Avec leur esprit limité et leurs langages et expressions mondaines, comment pourraient-ils pénétrer les connaissances et les visions du Bouddha?           

            La sagesse de tous les Bouddhas est illimitée et la plus profonde. La porte d'entrée de cette sagesse est difficile à découvrir, difficile à y pénétrer. Elle ne peut être connu par aucun des Auditeurs des Sons ni des Pratyeka-Bouddhas.  

            Pourquoi? Dans le passé, ces Bouddhas ont été attirés vers d'innombrables millions de Bouddhas, pratiquant d'une manière exhaustive leurs incalculables Dharmas de la Voie.  

            Un seul Bouddha à la fois vient dans un système-monde, mais plusieurs Bouddhas peuvent apparaître successivement dans un seul système-monde. Après que le précédent Dharma du Bouddha ait totalement disparu du monde, le prochain Bouddha apparaîtra, entrainant ainsi le Dharma à prospérer de nouveau. Par exemple, dans le Sûtra de la Disparition Définitive du Dharma, le Bouddha Shâkyamuni parle du Bouddha Maitreya, le futur Bouddha à apparaître dans notre système-monde.  

            Lorsque mon Dharma disparaîtra, ce sera comme une lampe à huile qui jettera une vive lueur pendant un instant, avant qu'elle ne s'éteigne. De même, le Dharma luira et s'éteindra. Il est difficile de parler avec certitude de ce qui va suivre après ce moment.

            Et il en demeurera ainsi pour les dix prochaines millions d'années. Puis, lorsque Maitreya sera sur le point d'apparaître dans le monde, comme étant le prochain Bouddha, la planète sera entièrement paisible/pacifique(?). Les vapeurs maléfiques se seront dissipées, la pluie sera largement suffisante et régulière, les cultures pousseront en abondance. 

            Il n'existe pas seulement qu'un Bouddha. Dans les Sûtras, le Bouddha a expliqué que les nombreux systèmes-monde dans l'univers comportent des Bouddhas en eux.

            Shariputra, tous les Bouddhas, Ceux qui sont Honorés dans le Monde, partout dans les dix directions des illimités quadrillions de terres de Bouddhas, font actuellement bénéficier les êtres vivants et leur apportent de la tranquillité et du bonheur.

            La sélection suivante des passages de Sûtras décrit l'étendue de la compassion et de la sagesse du Bouddha.

            La Compassion du Bouddha

 

            Le Bouddha contemple tous ceux qui sont dans le monde:  sens dessus dessous, sans cesse confus et dans l'illusion. Ils se meuvent continuellement dans la souffrance et la mort; ainsi il donne naissance à un cœur de la grande compassion. Tout au long des milliards d'éons, il cultive les pratiques de l'Illumination, souhaitant sauver les êtres grâce au pouvoir de la grande compassion.  

            Sa tête, ses yeux, ses mains, ses pieds et ainsi de suite, il peut tous y renoncer dans l'intérêt de la quête de l'illumination. Il fait cela depuis d'illimités éons.  

            Le Bouddha a peiné à travers des éons

            par égard pour les êtres vivants,

            Cultivant l'illimitée, l'océanique grande compassion,

            Dans le but de se conformer avec les êtres vivants,

            il pénètre dans la naissance et la mort,

            En transformant partout les foules,

            et en les amenant à être pures.

 

            La Sagesse du Bouddha  

            Tous les dieux et toutes les personnes dans le monde, ainsi que toutes les espèces d'êtres vivants, ne peuvent pas connaître les Bouddhas. Les pouvoirs, l'intrépidité, les libérations et les samadhis des Bouddhas, ainsi que les autres Dharmas des Bouddhas, ne peuvent pas être perçus par quiconque. Il y a bien longtemps, j'ai suivi d'innombrables Bouddhas; J'ai parfaitement suivi toutes les voies du Dharma, subtils, merveilleux et profonds, difficiles à voir et difficiles à saisir. À travers d'innombrables milliards d'éons, j'ai parcouru toutes ces voies. À l'endroit de l'Illumination, j'ai développé les fruits, et j'ai entièrement tout connu et tout vu.  

            Connaissant les conduites des êtres vivants, les pensées au plus profond de leurs esprits, leurs actions habituelles dans le passé, la nature de leurs désirs, le pouvoir de leur vigueur, et leurs facultés, vives ou ternes, ils emploient différentes causes passées, analogies et expressions, en leur instruisant avec des compétences en moyens appropriées.  

            Tous les Bouddhas, les Lions, les Maîtres avec la Sagesse, sont, en outre, aperçus pendant l'explication sur la suprême subtilité et merveille des Sûtras. Clair et pur est le son de leurs tendre et douces voix, enseignant tous les Bodhisattvas, qui se comptent par d'innombrables millions. Ce son pur, profond et merveilleux, remplit de joie ceux qui l'entendent, que(??) dans ce monde, chacun proclame le vrai Dharma. Utilisant des causes passées et d'infinies analogies, ils expliquent le Dharma du Bouddha afin d'illuminer les êtres vivants.

 

            L'étendue du Pouvoir Spirituel du Bouddha  

            Le Bouddha dit aux Bhikshus, ''Dans le passé, il y a de cela, d'infinis, d'illimités, d'inconcevable, d'asamkhyeya éons, il y avait un Bouddha nommé l'Immense Pénétration de Sagesse Victorieuse, l'Ainsi-Venu, Celui qui est Digne d'Offrandes, Celui possédant la Vraie et l'Universelle Connaissance, Celui Dont la Compréhension et le Comportement sont Achevés, Celui Parfaitement Parti Qui Comprend le Monde, le Vainqueur Insurpassable, le Dompteur des Héros, le Maître des Dieux et des Hommes, le Bouddha, l'Honoré du Monde. Son pays était appelé 'Bonne Citée', et sa période était nommée 'Grande empreinte'. Ô Bhikshus, cela faisait depuis un bon et long moment que ce Bouddha est passé dans le Nirvana.''


            ''Maintenant, supposons que quelqu'un devait moudre en poudre d'encre, toutes les terres dans une galaxie contenant un milliard de systèmes. Puis, supposons qu'il a voyagé à travers un millier de mondes à l'est et a déposé une particule de cette encre en poudre de la taille d'un grain de poussière. Ensuite, passant à travers un autre millier de mondes, il a déposé un autre grain, et a continué à faire cela jusqu'à ce que toute la réserve d'encre fabriquée à partir de ces terres soit épuisée.''
 

            ''Qu'en pensez-vous? Un mathématicien ou ses élèves, pourraient-ils toujours finir le calcul de ces mondes et en connaître leur nombre?''

 

            Les Dix Pouvoirs d'un Bouddha

 

1.      Le pouvoir-sagesse d'être illuminé à ce qui est possible ou ce qui n'est pas possible.  

2.      Le pouvoir-sagesse de connaître les rétributions karmiques dans le passé, le présent et le futur.  

3.      Le pouvoir-sagesse de connaître tous les dhyanas, les libérations, et les samadhis.  

4.      Le pouvoir-sagesse de connaître la supériorité ou l'infériorité des facultés de tous les êtres vivants.  

5.      Le pouvoir-sagesse de connaître toutes les différentes compréhensions des êtres vivants.  

6.      Le pouvoir-sagesse de connaître tous les différentes royaumes des êtres vivants.  

7.      Le pouvoir-sagesse de savoir où mènent toutes les voies.  

8.      Le pouvoir-sagesse des connaissances dérivé de l'œil Céleste dégagé.  

9.      Le pouvoir-sagesse, libéré des fuites, de connaître les vies antérieures.  

10.  Le pouvoir-sagesse d'avoir couper toutes les énergies habituelles  à jamais.

 

            Les Dix-Huit Caractéristiques Exceptionnels d'un Bouddha  

1.      Son corps est sans défaut.

2.      Son discours est sans défaut.  

3.      Sa pensée est sans défaut.  

4.      Il n'a aucune perception des différences.  

5.      Il n'a aucune pensée non-concentrée.  

6.      Il n'y a rien qu'il ne connaît pas et qu'il n'a pas déjà renoncé.  

7.      Sa détermination ne diminue jamais.  

8.      Sa vigueur ne diminue jamais.  

9.      Sa pleine conscience ne faiblit jamais.  

10.  Sa sagesse ne faiblit jamais.  

11.  Sa libération ne diminue jamais.  

12.  Sa connaissance et sa vision de la libération ne diminuent jamais.  

13.  Tous ses karmas corporels sont effectués avec sagesse.  

14.  Tous ses karmas liés aux paroles sont effectués avec sagesse.  

15.  Tous ses karmas liés aux pensées sont effectués avec sagesse.  

16.  Sa sagesse lui donne des connaissances désobstruées du passé.  

17.  Sa sagesse lui donne des connaissances désobstruées du futur.  

18.  Sa sagesse lui donne des connaissances désobstruées du présent.

 

            Les Trente-deux Caractéristiques Physiques d'un Bouddha  

1.      Des pieds plats et pleins.

2.      Des milliers de roues à rayons sous chacun de ses pieds.

3.      Des doigts longs et fins.

4.      Des mains et des pieds souples et douces.

5.      Ses doigts et ses orteils sont joints par une fine membranes.

6.      Des talons bien saillants et réguliers.

7.      Un cou-de-pied arqué.

8.      Des cuisses comme celles du cerf royal Aineya (roi de cerf).

9.      Des mains longs et gracieuses, qui arrivent sous les genoux. 

10.  Un organe masculin bien rentré (comme celui d'un cheval).

11.  La taille et l'envergure des bras sont égales.

12.  Chaque racine des poils est de couleur bleu impérial.

13.  Les poils sur son corps sont courbés vers le haut.

14.  Le corps de la véritable couleur d'or.

15.  Dix auras de pied l'encerclant.

16.  Une peau douce et lisse.

17.  Les sept endroits (les endroits convexes à l'arrière des quatre membres, les deux épaules, et le tronc du corps) sont distinctifs et puissants.

18.  Une surface bien remplie sous les aisselles.

19.  La partie supérieure du torse semblable à celui d'un lion royal.

20.  Un corps est droit et vertical.

21.  Des épaules larges et arrondies semblables à un arbre  Nyagrodha (parfaitement symétrique comme l'arbre Banyan )

22.  Quarante dents.

23.  Des dents blanches, régulières et pas espacées.

24.  Quatre canines pures et blanches.

25.  Des mâchoires semblables à ceux d'un lion.

26.  Une salive qui améliore le goût de tous les aliments.

27.  Une langue vaste et longue.

28.  Une voix profonde et résonnante (émet les sons purs de Brahma).

29.  Des yeux bleu-violet.

30.  Des cils semblables à ceux d'un taureau royal.

31.  Une touffe de poils blanche (ûrnâ) entre les sourcils qui émet de la lumière.

32.  Un capuchon sur le sommet de sa couronne.
 

            Chacun de ces attributs est une récompense naturelle pour un type spécifique de bon karma que les Bouddhas ont créé durant plusieurs vies antérieures.

            Les Dix Titres d'un Bouddha  

1.      L'Ainsi-Venu.

2.      Celui qui est Digne d'Offrandes.

3.      Celui possédant la Vraie et l'Universelle Connaissance.

4.      Celui Dont la Compréhension et le Comportement sont Achevés.

5.      Celui Parfaitement Parti Qui Comprend le Monde.

6.      Le Vainqueur Insurpassable.

7.      Le Dompteur des Héros.

8.      Le Maître des Dieux et des Hommes.

9.      Le Bouddha.

10.  L'Honoré du Monde.

 

Rappel des Quatre Nobles Vérités et des Quatre Vœux Magnifiques du Bodhisattva

 

            Le Premier Vœu Magnifique du Bodhisattva: Je fais le vœu de sauver les innombrables êtres vivants de la souffrance.

 

            Le Bouddha peine, à travers des éons, dans l'intérêt des êtres vivants

            en cultivant l'infinie, l'océanique, la grande compassion.

            Afin de se conformer aux êtres vivants, il entre dans la naissance et la mort,

            Transformant les foules partout dans le monde, afin qu'elles deviennent pures.

 

            Ce vœu correspond à la Noble Vérité de la Souffrance.

 

            Qu'est ce que, Bhikshus, la Noble Vérité de la Souffrance? La naissance est de la souffrance; la vieillesse est de la souffrance; la maladie est de la souffrance; la mort est de la souffrance; le chagrin, les lamentations, la douleur, l'amertume, et le désespoir sont de la souffrance; être séparé de ce ou ceux que vous aimez est de la souffrance; ne pas obtenir ce que vous souhaitez est de la souffrance; en général, l'identification avec les Cinq Constituants de l'Existence (la forme physique, les sentiments, les pensées, les créations volontaires, et la conscience) est de la souffrance. La Vérité de la Souffrance doit être comprise.

 

            Le Deuxième Vœu Magnifique du Bodhisattva: Je fais le vœu de mettre un terme aux innombrables afflictions des êtres vivants.

          Les êtres vivants se noient dans la mer des afflictions.

            Souillés par des points de vues illusoires et confus,

            ils sont vraiment inquiétants.

            Le Grand Enseignant ressent de la pitié dans son cœur et

            leur permet de les séparer des afflictions pour toujours.

 

Ceci correspond à la Noble Vérité de la Cause de la Souffrance.

            Qu'est-ce que, Bhikshus, la Noble Vérité de la Cause de la Souffrance? C'est précisément cette soif, conduisant à l'existence, accompagnée par le plaisir et par la passion, se réjouissant ici et là; c'est-à-dire la soif pour les plaisirs sensorielles, la soif pour l'existence, et la soif pour l'inexistence. (Cette « soif » implique l'ignorance de la première vérité de la souffrance. L'ignorance et la soif sont les afflictions les plus fondamentales.) Le Cause de la Souffrance doit être éradiquée.

            Le Troisième Vœu Magnifique du Bodhisattva: Je fais le vœu d'étudier les innombrables portes-du-Dharma.

             En utilisant les innombrables portes-du-Dharma, il est pleinement libre et serein.

            Il contient et régule les êtres vivants

            partout dans les dix directions,

            Et pourtant, tout en faisant tout ceci parmi les êtres vivants,

            le Bodhisattva est détaché et ne fait pas de discriminations.

 

            Ceci correspond à la Noble Vérité de la Voie qui conduit à la Cessation de la Souffrance.

           

            Qu'est-ce que, Bhikshus, la Noble Vérité de la Voie qui conduit à la Cessation de la Souffrance? C'est justement cette voie octuple; à savoir les points de vues justes, les bonnes intentions, la parole juste, le comportement juste, les moyens d'existence justes, l'effort correct, l'attention juste, et la concentration méditative juste. (Les portes-du-Dharma du Bodhisattva ou les méthodes de pratique sont les Six Perfectionnements: l'offrande, la moralité, la patience, la vigueur, la concentration méditative et la sagesse.) La Voie doit être pratiquée.

 

            Le Quatrième Vœu Magnifique du Bodhisattva: Je fais le vœu d'accomplir l'incomparable Voie du Bouddha.

 

          L'Ainsi-Venu observe le monde

            et présente un cœur de grande compassion.

            Dans le but d'être utile aux êtres vivants, il apparaît

            et leur montre la paix et

            le bonheur de la Voie la plus suprême.

 

            Ceci correspond à la Noble Vérité de la Cessation de la Souffrance.

 

            Qu'est-ce que, Bhikshus, la Noble Vérité de la Cession de la Souffrance? C'est la cessation imperturbable et sans résidu de cette soif même(mentionnée dans la Vérité de la Cause de la Souffrance). L'abandonner et y renoncer, être libéré et écarté de cela. La Cessation de la Souffrance doit être accomplie. Ce n'est que lorsque l'on devient un bouddha, que l'on réalisera pleinement la cessation de toute souffrance.

 

Chapitre V  

Le Sangha, le Troisième Joyau

 

            Tous les êtres sensibles, s'ils cherchent l'Inégalée, la Véritable et l'égale vraie Illumination et le bonheur du Nirvana, doivent prendre refuge avec les Triple Joyaux.  

            Les gens, qui croient en les enseignements du Bouddha, devraient formellement prendre refuge avec les Triples Joyaux. Les Triples Joyaux sont le Bouddha, le Dharma, et le Sangha. Le troisième des trois joyaux, le Sangha, signifie littéralement ''assemblée harmonieusement unie''. Dans le Sûtra des Six Paramitas, le Bouddha a noté trois types de Sangha.  

            Le premier est le Sangha du Premier Sens, composé du Sangha de Sagesse des Bouddhas qui respecte le Dharma. Le second est le Sangha des Sages. Le troisième est la 'sphère des bénédictions du Sangha', composé de Bhikshus et de Bhikshunis, qui reçoivent et respectent les préceptes moraux.  

            Le Sangha des Bouddhas se compose de toutes les infinités de Bouddhas dans les systèmes-monde de l'univers. Dans le monde Bouddhiste, toutefois, le mot Sangha se réfère généralement au Bhikshu et Bhikshuni du Sangha – le plus bas des trois catégories mentionnés par le Bouddha. L'utilisation du mot ''sangha'' pour se référer à la communauté ordinaire laïque, est trompeuse et est un écart par rapport à l'usage traditionnel et au sens du mot, comme cela sera expliqué plus loin dans ce chapitre.

 

            Le Sangha des Bhikshus et des Bhikshunis

 

            La ''sphère des bénédictions du Sangha'' est composée de de Bhikshus et de Bhikshunis, des hommes et des femmes qui ont abandonné la vie laïque et achever les procédures d'ordination traditionnelle dans lesquelles ils ont fait le vœu de strictement respecter le règlement monastique fixé par le Bouddha. Le cœur de ce règlement d'auto-discipline (le Vinaya) est le célibat, le fait de ne pas ôter la vie, de ne pas voler, et l'honnêteté totale. Le règlement comprend également la renonciation aux richesses et l'abstention aux divertissements mondains. Les membres du Sangha des Bhikshu et Bhikshuni rasent leurs têtes ( symbole de l'abandon volontaire du mondain pour la vie spirituelle) et portent des tuniques monastiques traditionnelles, qui varient légèrement en couleur et selon le modèle, en fonction du climat et des coutumes de leurs pays respectifs. Leur vêtement est simple et sans ornement – leur principal but est de protéger le porteur des éléments. Portant une coupe distinctive, toutefois, de manière à distinguer clairement les moines (Bhikshus) et nonnes (Bhikshunis) des laïcs, et ainsi à informer et à rappeler aux laïcs de traiter le Sangha d'une manière adaptée à leur mode de vie célibataire.  

            L'importance du Sangha est démontrée dans la vie du Bouddha. Lorsqu'il était un jeune prince, le Bouddha a connu ce qu'on appelle les ''quatre signes''. Les trois premiers signes, celui d'une vieille personne, celui d'une personne malade, et celui d'une personne décédée, ont déjà été décrits dans les Premiers Chapitres. Quel était le quatrième signe? Un Bhikshu.  

            À ce moment, un dieu des Demeures Pures,

            Se transforma en un Bhikshu,

            Et apparu devant le prince.

            Le prince s'est levait respectueusement et l'accueillit.

            Il demanda, ''Qui êtes-vous?''

 

            Le moine répondit, ''Un Shramana (un autre terme pour désigné un Bhikshu). Dégoûté de la vieillesse, de la maladie, et de la mort, j'ai abandonné la vie de laïc pour chercher la libération. La vieillesse, la maladie, et la mort apportent des changements et conduisent à la décadence  des êtres vivants sans un moment de répit. Par conséquent, je recherche le bonheur éternel, celui qui ne cesse pas, ni qui ne débute pas. Mon esprit considère de la même façon l'ennemi et l'ami, je ne soucie pas de la richesse ni du sexe, je demeure dans les forêts de montagne, dans le calme en pleine nature, sans avoir à gérer des affaires. Mes pensées mondaines se sont effacées. Seul, je demeure tranquille dans la quiétude. Je ne choisis pas entre la qualité supérieure ou la mauvaise qualité. Je mendie pour nourrir mon corps.''  Puis, juste devant les yeux du prince, le moine fit avec dextérité un bond dans le ciel et disparu. Le prince était heureux, et s'émerveilla de la façon dont les Bouddhas du passé ont découvert et traversé cette majestueuse voie de la vie.  

            Après avoir vu ce Bhikshu, le prince Siddhartha suivit le même mode de vie. Il renonça à la vie de laïc dans la quête de la solution au problème de la naissance et de la mort. Lorsqu'il a pris cette résolution, son père, le roi, ainsi que les ministres du roi, essayèrent d'arrêter le jeune homme en ordonnant à ses concubines d'éveiller les passions mondaines du jeune prince.  

            Il y avait celles qui l'occupaient ou l'embrassaient, ou qui arrangeaient son oreiller et son lit, ou qui se couchaient à ses côtés, en lui prononçant des mots tendres, ou qui le taquinaient de manière ordinaire mondaine, ou lui parlaient de nombreuses activités sexuelles, ou qui le tentaient avec toutes sortes d'actes sexuels afin de le détourner de sa détermination.  

            L'esprit du Bodhisattva était pur, solide et difficile à remuer. Tandis qu'il entendit les femmes du harem parler, il ne ressentait aucune tristesse ni de joie, mais il grandissait dans son sentiment de dégoût ( ou plutôt : son sentiment de dégoût grandissait ). Il soupira, ''Ceci est vraiment étrange. Maintenant, je sais que tous les cœurs de ces femmes sont ainsi lourds de désir, mais ne réalisent-elles pas que leurs formes jeunes et robustes seront bientôt ravagées par la mort et la vieillesse? Que leur grande confusion est lamentable! L'illusion enveloppe leurs esprits. Elles devraient être conscientes de la vieillesse et de la mort, et, jour et nuit s'encourager diligemment elles-mêmes. C'est comme si un couteau tranchant était en suspens sur le cou d'une personne. Comment peut-elle rire par négligence? Voir les autres vieillir, tomber malades et mourir, et ne pas penser à se regarder soi-même, c'est comme être une statue en argile ou en bois! Quelle absurdité!

           
            Les concubines ne pouvaient pas ébranler la détermination du Prince. Il abandonna sa position royale, sa richesse, et toutes les choses mondaines pour des habits ternes et pour la tête rasée d'un mendiant. Avec un cœur léger et une détermination en fer, il entreprit l'ultime voyage spirituel: la parfaite illumination et délivrance de la ''prison du monde.''  

            Après l'Illumination du Bouddha, certains qui ont entendu son enseignement, ont souhaité dévouer leur vie entière à le pratiquer. Suivant l'exemple du Bouddha, eux aussi ont renoncé à la vie de laïc, ont rasé leurs têtes, et ont adopté la vie monastique sous le Bouddha.  

            Le Bouddha dit, '' Les hommes sont liés par leurs épouses (et les femmes par leurs maris), leurs enfants, et leurs maisons à un tel point qu'il est pire que d'être en prison. Arrive le moment où, vous êtes libérés de prison, mais il n'y a jamais un instant où vous pensez à quitter votre femme et vos enfants. Ne craignez-vous pas que l'émotion, l'amour et le sexe aient le contrôle sur vous? Bien que vous soyez dans la gueule d'un tigre, vous êtes parfaitement inconscients de cela. Ceux, qui se jettent eux-mêmes dans la boue et qui se noient, sont connu pour être des personnes ordinaires. En franchissant cette porte et en transcendant les objets impurs, vous devenez un Sage.''  

            Quant à l'amour et au désir: aucun désir n'est aussi profondément enraciné que le sexe. Il n'y a rien de plus fort que le désir pour le sexe. Heureusement, il est unique en son genre. S'il y avait quelque chose de semblable à cela, personne dans le monde entier ne serait en mesure de cultiver la voie spirituelle.  

            Veillez à ne pas faire confiance à votre propre esprit; vous ne pouvez pas vous fier à votre propre esprit. Veillez à ne pas vous impliquer dans le sexe; l'implication dans le sexe mène à la catastrophe. Ce n'est qu'une fois que vous êtes devenu un Sage (Arhat), que vous pouvez vous fier à votre propre esprit.  

            Les Bhikshus qui ont quitté la vie de laïc, renoncent au désir, abandonne l'amour, et retrouvent la source de l'esprit. Ils pénètrent les profonds principes du Bouddha, et s'éveillent à l'Inconditionné. Ils ne recherchent rien à l'extérieur; ne s'attachent à rien à l'intérieur.  

            Le Sangha est un réel environnement de bénédictions. Les Bhikshus et Bhikshunis qui reçoivent et respectent les interdictions morales sont érudits et sages. Comme les arbres créés par les dieux, ils sont capables de protéger les êtres vivants. Rencontrer le Sangha est comme être trempé par une averse d'une douce pluie céleste lorsque l'on se trouve asséché et assoiffé dans un désert aride. La pluie est à la fois opportune et satisfaisante. Par ailleurs, elle est semblable au vaste océan - la source de variétés de trésors.

            Le Joyau Sangha, tel une sphère de bénédictions, est également comme cela. Il peut conférer la paix et de bonheur à tous les êtres sensibles. De plus, ce Joyau Sangha est pur et sans souillure. Il est en mesure de chasser l'obscurité de l'avidité, de la haine et de la stupidité des êtres vivants, telle que la vive lumière de la pleine lune, que tous les êtres contemplent le soir avec admiration. Il est également comme une précieuse perle mani (???), qui peut satisfaire tous les bons souhaits des êtres vivants.  

            Dans le Sûtra des Changements à Venir, le Bouddha a enseigné que le Dharma va disparaître du monde en même temps que la disparition du Sangha de Bhikshus et de Bhikshunis, puisque pour son existence dans le monde, le Dharma repose sur le Sangha.

 

            Le Sangha des Sages

 

            Au-dessus du Sangha des Bhikshus et des Bhikshunis, un Sangha est encore plus élevé: le Sangha des Sages. Il est composé de ceux qui ont réalisé les niveaux d'illumination d'Arhat ou de Bodhisattva. Les '' Entrants dans le Courant'', le plus bas des quatre niveaux des Arhats, sont fondamentalement différents des personnes ordinaires. Les esprits des personnes ordinaires recherchent continuellement des expériences agréables, à l'extérieur, à travers les organes sensoriels.

L'Entrant dans le Courant a tourné son esprit, le tendant vers l'intérieur, hors des éléments de sens. C'est résultat naturel du déploiement de la sagesse, qui a éliminé pour toujours la "vue d'un égo". Autrement dit, l'Entrant dans le Courant voit profondément qu'il n'y a rien dans le Samsara qui peut être pris pour être le ''Je, à moi, ou moi-même''.  La situation de l'Entrant dans le Courant est irréversible: il ne pourra jamais être de nouveau comme une personne ordinaire, ni retomber dans les trois règnes inférieurs de l'existence (les animaux, les fantômes et les êtres dans les enfers). Il est incapable de transgresser les Cinq Préceptes. Au plus tard, dans sept vies, il deviendra un Arhat du quatrième stade. Pour toutes ces raisons, on dit qu'il a pénétré le courant des Sages.  

            Faire une offrande de nourriture à 10,000 personnes qui respectent les Cinq Préceptes n'équivaut pas à faire une offrande de nourriture à un seul Entrant dans le Courant.  

            Le fruit de l'Entrant dans le Courant dépasse la royauté sur toute la Terre. Il est préférable de renaître dans les cieux, et il est mieux que d'avoir la domination suprême sur tous les mondes.  

            L'expérience du monde des Sages est difficile à comprendre pour une personne ordinaire. Ils acquièrent des compétences psychiques, qui correspondent au développement de leur concentration et leur sagesse. Ils ne recherchent pas ces compétences, parfois appelées ''pénétrations spirituelles'', car le fait même de chercher un pouvoir spirituel est contraire aux enseignements du Bouddha. Au point de ne rien chercher que ce soit, paradoxalement, ''ça se produit'', c'est-à-dire, l'illumination se produit et la sagesse et la compassion innées d'une personne se déploient. Ceci est la portée des méthodes et des instructions du Bouddha. Ainsi, bien que n'étant pas une fin en elles-mêmes, les pénétrations spirituelle peuvent néanmoins permettre d'aider plus efficacement les autres êtres.

            Les Arhats du quatrième stade ont mis un terme à la naissance et la mort dans les trois règnes de l'existence. Ils possèdent les Cinq Yeux et les Six Pénétrations Spirituelles – des pouvoirs psychiques et un discernement extrasensoriel hautement développés.

 

            Les Cinq Yeux:

 

1.      Avec l'œil Céleste, on peut arpenter les différents cieux et enfers; on peut voir ce que les dieux dans les cieux font, comme si on est en train de voir un film, et des évènements à des milliers de kilomètres peuvent être observés sans empêchement.  

2.      L'œil de Chair ne se réfère pas aux yeux de chair des gens ordinaires. Il s'agit plutôt d'un ''œil spirituel" avec lequel on peut voir les esprits et les fantômes.  

3.      Avec l'œil du Dharma, on observe la vérité relative. Cet œil permet de comprendre toutes les affaires de l'existence mondaine. Il est dit que, avec cet œil on peut voir des Sûtras Bouddhistes dans chaque particule atomique.   

4.      L'œil de la Sagesse est le fonctionnement de la sagesse transcendant le monde (prajna). On comprend la véritable nature de tous les phénomènes comme vides, c'est-à-dire, sans une nature intrinsèque d'eux-mêmes, car tous les phénomènes sont relatifs et existent dans la dépendance d'autres causes et conditions. Par conséquent, ils n'ont aucune existence indépendante, inhérente, réelle ou durable.  

5.      Avec l'œil du Bouddha, le plus puissant des cinq yeux spirituels, analogue à un soleil éclatant, on peut voir des milliards d'infinis systèmes-mondes.

 

            Les Six Pénétrations Spirituelles:  

1.      L'œil Céleste. Identique au premier des Cinq Yeux ci-dessus.  

2.      L'Ouïe Céleste peut entendre les paroles et les sons des dieux dans les cieux.  

3.      La Connaissance des Pensées des Autres. On peut connaître les pensées dans les esprits des autres, avant que ces pensées soient verbalisées.  

4.      La Connaissance des Vies Antérieures. On peut connaître ses propres existences antérieures ainsi que ceux des autres.  

5.      La Cessation des Fuites. On a éteint pour toujours la cupidité, la haine et la stupidité, transcendant par conséquent la naissance et la mort.  

6.      Les Accomplissements Spirituels. Ceci se réfère à une multitudes de pouvoirs spirituels mineurs.

 

            Des gens, qui ne sont pas des Sages, peuvent acquérir les Cinq Yeux et cinq des Six Pénétrations Spirituelles. Cependant, ils ne peuvent pas obtenir la pénétration de la Cessation des Fuites. Seuls, les Arhats du quatrième stade acquièrent cette pénétration spirituelle. Ces ''yeux'' et pénétrations sont obtenus selon différents degrés et niveaux, en fonction des compétences cultivées et du karma de l'individu. Par exemple, un Arhat du quatrième stade peut voir les vies antérieures des êtres vivants aussi loin que 80,000 grands kalpas – plus de cent quadrillion d'années, alors qu'une personne ordinaire avec la pénétration des vies antérieures ne sera en mesure de voir que seulement quelques centaines d'années en arrière.  

            Par ailleurs, bien que les Arhats du quatrième et du stade le plus élevé aient mis fin à la naissance et à la mort dans les trois règnes de l'existence du Samsara, leur illumination n'est pas ultime. C'est une grande réalisation, néanmoins elle est de portée limitée, car c'est seulement une illumination personnelle.  

            Les Bodhisattvas s'illuminent eux-mêmes et illuminent aussi les autres êtres sensibles. Leur niveau d'accomplissement est ainsi plus difficile et plus profond que celui des Arhats. Le niveau le plus bas du Bodhisattva dans le Sangha des Sages est la '' Première Demeure'', appelé ''Celui Qui A Produit l'Esprit de Bodhi ''. Les Dix Demeures, le Chapitre 15 du Sûtra de l'Ornementation Fleurie, indique que lorsqu'un Bodhisattva atteint cette position, bien qu'il n'ait pas encore totalement perfectionné les Dix Pouvoirs d'un Bouddha, jouit des dix types de sagesse, qui leur sont étroitement liés. Dans Entrer dans le Royaume du Dharma, le Chapitre 39 du  Sûtra de l'Ornementation Fleurie, le jeune pur Bonne Fortune visite un Bodhisattva qui a atteint ce niveau d'Illumination. Ce Bodhisattva affiche de splendides pouvoirs spirituels, qui lui permettent de visiter des Bouddhas dans des millions d'autres mondes à travers l'univers.  

            En effet, dans ce chapitre du Sûtra de l'Ornementation Fleurie, Bonne Fortune visite 55 Bodhisattvas, chacun d'eux représente un niveau successif d'Illumination. Certains sont des êtres humains, d'autres sont des dieux, d'autres des esprits. Ils apparaissent dans de nombreux états et de formes selon les besoins pour aider les êtres sensibles. Leur état, avec ses pouvoirs, sa compassion, et ses ressources, est inconcevable. Par conséquent, le Sangha des Sages peut ainsi apparaître comme faisant parti des laïcs. Toutefois, les laïcs ordinaires ne peuvent en aucun cas être considérés comme des membres du Sangha.           

            La sphère du Sangha des Sages est très profonde. On ne peut pas prétendre à un tel niveau de réalisation, sans la certification de quelqu'un qui est réellement illuminé. Par ailleurs, les véritables Sages ne disent pas aux autres qu'ils sont illuminés. Ils recherchent l'anonymat, et non pas la renommée comme les personnes ordinaires. Une personne, qui affirme aux autres qu'elle est illuminée, est, en réalité, dans une confusion totale. Ainsi, le Bouddha a averti, que ces individus qui proclament ouvertement leur ''illumination'' sont simplement en train de se tromper eux-mêmes et de tromper les autres.  

            Comment les gens, qui font de telles déclarations, peuvent-ils ne rien faire, autre qu'à la fin de leurs vies, et seulement à ceux qui héritent de leur enseignement, que de tromper et de rendre confus les êtres vivants, ainsi que de se livrer à des fausses déclarations brutes?

 

            Bons et Sages Maîtres  

            Les membres du Sangha, qui sont réellement des cultivateurs expérimentés du Dharma, et ceux du Sangha des Sages, sont nos bons et sages maîtres. Pour celui qui pratique le Dharma, il est absolument essentiel, dans le but de faire de véritables progrès, d'obtenir les orientations d'un bon et sage maître. Tel un enfant qui a besoin des parents pour le protéger, le guider et l'instruire pendant qu'il grandit, de même, dans les questions du monde transcendant ( ou questions transcendantes du monde?? ), il est essentiel comme un ''enfant'' dans les domaines spirituels d'avoir un maître pour le protéger, le guider et lui donner des instructions.  

            Par exemple, lorsque nous progressons dans notre pratique du Dharma et que nous développons des compétences dans la méditation, nous pouvons rencontrer certains états inhabituels. Ceux-ci sont tout à fait normaux et sont souvent un signe de progrès, bien que pour le novice, ils peuvent lui sembler inhabituels et déconcertants. Un bon et sage maître est familiarisé avec ces états et peut les interpréter, apaisant ainsi toutes craintes, ou dégonflant également toutes prétentions d'un débutant. Sans une orientation mâture et sage, il est facile de tomber sur une mauvaise route. Le volume de clôture du Sûtra Shurangama décrit en particulier les cinquante états que les cultivateurs peuvent rencontrer et dont ils doivent en avoir conscience.           

            Certains méditants inexpérimentés (et même expérimentés) rencontrent ces états et pensent à tort qu'ils se sont illuminés. Il est facile de voir, comment une personne sans véritable orientation peut faire ce type d'erreur cruciale de jugement. Ce qui suit est le premier des cinquante états, que le Bouddha a décrit dans le Sûtra Shurangama.  

            Ananda, soyez conscient que lorsque vous vous asseyez dans le Bodhimanda (un endroit, tel qu'un monastère, où le Dharma est pratiqué), vous faites disparaître toutes vos pensées. Lorsque ces pensées s'achèvent, vous êtes libérés de toutes pensées/réflexions. Vous entrez dans un état pur de vigueur et de vitalité. Votre esprit ne s'agitera plus entre les phases de mouvement et d'immobilité, et le souvenir et l'oubli deviennent équivalents.  

            Lorsque vous résidez dans cet endroit et que vous entrez en Samadhi, vous êtes comme une personne avec une vision, qui habite dans l' obscurité totale. L'esprit merveilleusement pur, qui est votre nature vierge d'origine, n'a pas encore émis de lumière. Cela s'appelle la « région de la forme skandha. »  

            Si les yeux de la personne deviennent purs/clairs, alors elle conçoit les dix directions comme une étendue immense et l'obscurité a disparu. Ceci est appelé, ''la fin de la forme skandha''. Cette personne transcende le kalpa de turbidité, et peut maintenant contempler sa cause. Cette personne peut voir que les fausses notions de fermeté et de solidité forment la base de la forme skandha.  

            Ananda, à ce point, lorsque vous examinez attentivement cette clarté merveilleuse, les quatre éléments ne sont plus unis, et bientôt le corps peut transcender les obstructions. Ceci est appelé '' votre lumière essentielle fusionne dans l'environnement.'' C'est une état temporaire dans le cours de votre cultivation et n'indique pas que vous êtes un Sage. Si vous ne pensez pas que vous êtes devenu un Sage, ceci pourrait être un bon état. Mais si vous pensez que vous êtes devenus un Sage, alors vous vous rendez vous-mêmes vulnérable à l'influence des démons.  

            Si nous considérons à tort l'un de ces états comme un état d'Illumination, nous allons assurément échouer spirituellement. Si, par ailleurs, nous essayons d'enseigner aux autres, même si nos intentions sont purs, nous finirons seulement par les rendre confus et à créer d'importants mauvais karmas pour nous-mêmes. L'importance d'un bon et sage conseiller devient évidente lorsque l'on étudie les Sûtras. Sa vaste expérience personnelle et compréhension des enseignements du Bouddha a précisé, et continuera de préciser, la différence entre le succès et l'échec pour les étudiants du Dharma.  

            Brave homme, si vous souhaitez accomplir Toute-sagesse, vous devez trouver un véritable, bon et sage maître. Brave homme, ne vous lassez pas de le chercher, et lorsque vous l'avez rencontré, ne vous lassez pas de lui. Vous devez suivre tous ses enseignements. Et vous ne devez critiquer ses compétences en ressources.

 

            Conclusion  

            Prendre refuge avec le Bouddha, le Dharma et le Sangha est le premier pas sur la route de l'illumination et de la résolution du problème de l'existence. ''Pourquoi j'existe? '' et '' Qui suis-je réellement?''. Ce sont des questions que nous devons tous nous confronter et décider. Elles méritent certainement notre considération très attentive. La vie non-examinée est une vie vécue en vain.